Le journal d'une femme de chambrePoint de pitch aujourd'hui, puisque tout tient dans le titre de ce roman publié en 1900 et porté à l'écran à plusieurs reprises, la dernière adaptation datant de 2015 avec Léa Seydoux dans le rôle de Célestine.

Dans ce roman, Octave Mirbeau donne la parole et la plume à Célestine donc, une jeune femme qui vogue de place en place de domestique, et qui n'a ni les yeux ni la langue dans sa poche. Dans un récit qui prend la forme d'un journal, Célestine raconte son quotidien dans une nouvelle maison, et glisse dans ses souvenirs plus ou moins cocasses, plus ou moins coquins aussi. Grâce à elle, nous nous immergeons dans une époque, dans les secrets d'alcôves de familles qui voudraient être bien sous tout rapport et dont on découvre rapidement qu'elles cachent toutes manigances et mesquineries.

Le format du roman (journal) offre un style léger, très accessible. Célestine est une femme du peuple : il serait saugrenu de la voir employer un langage châtié. Mirbeau réussit à nous plonger dans son cynisme quotidien et dans son hypocrisie de façade. Si, pour moi, Le journal d'une femme de chambre était avant tout symbolisé par une paire de bottines, j'ai rapidement compris pourquoi, et rapidement découvert que le roman ne s'arrêtait pas à un fétichiste des chaussures : dans chaque maison qu'elle fait, Célestine a bien des choses à raconter sur les pratiques sexuelles de ses maîtres, mais aussi des domestiques !

Avec ce roman, j'ai découvert un romancier à l'univers digne de Zola. Sans concession pour la bourgeoisie, il pointe les travers des plus riches, de ceux qui profitent de leur position pour exploiter de nouveaux esclaves. Il montre les défauts d'une société qui laisse de côté les plus précaires, précaires qui n'ont plus que leurs yeux pour croquer avec ironie ce monde qui les entoure. Un classique particulièrement moderne et enlevé !

Texte © Miss Alfie 2021.
Couverture : Le journal d'une femme de chambre, Octave Mirbeau, édition de Noël Arnaud, éditions Folio, 1984, 512 pages.