King kong theorie

Virginie Despentes. Qui ne la connaît pas ? On l'aime, on la déteste, tout le monde a un avis sur cette écrivaine qui ose ouvrir sa gueule, qui dit tout haut ce que beaucoup pensent tout bas, même si ça dérange. Despentes, j'ai mis du temps à la lire. Ses romans, je l'avoue, ne me tentent pas plus que ça. Mais King Kong Théorie, ça me semblait indispensable dans ma réflexion féministe.

Publié en 2006, ce bouquin résonne encore énormément 15 ans plus tard. Il aurait pu sortir en 2020 dans un contexte post-#MeToo, qu'on ne s'en étonnerait même pas. Mais ce bouquin a 15 ans. 15 ans et la sensation qu'on a avancé, un peu, un tout petit peu... Un peu quand même, soyons honnête, car ce que Despentes écrit en 2006 m'aurait probablement choqué à l'époque, et pas que moi du coup, mais me semble aujourd'hui tellement pertinent sur de nombreux points.

Dans cet essai en grande partie autobiographique, Virginie Despentes analyse la société et le rôle qu'elle assigne à la femme. Dans son récit, le viol dont elle fut victime occupe une grande place. On comprend qu'elle a longtemps voulu le banaliser avant de comprendre qu'il serait fondateur de sa personnalité, de son rapport aux hommes. Elle dénonce une société qui veut faire des femmes des victimes incapables de se reconstruire, de petites choses fluettes qui n'ont pas le droit de se défendre et de dire les mêmes choses que les hommes. Elle prend notamment l'exemple de son premier roman, Baise moi, et des critiques qu'elle a reçu, plus centrées sur le fait qu'elle ose, en tant que femme, écrire ce type de texte plus que sur la qualité du dit-texte.

Car oui, aujourd'hui encore, une femme n'a pas le droit de faire les mêmes choses qu'un homme. Si elle brigue des postes à responsabilité, elle sera une ambitieuse, voire une arriviste, quand un homme sera simplement vu comme à sa place, brillant et intelligent. Une femme qui déciderait d'avoir plusieurs amants reste une salope, une pute et j'en passe quand un homme qui enchaîne les conquêtes passe pour un séducteur... Despentes veut faire exploser ces codes, elle veut que nous les femmes puissions agir comme bon nous semble, comme nous en avons envie. 

« Après plusieurs années de bonne, loyale et sincère investigation, j'en ai quand même déduit que : la féminité, c'est la putasserie. L'art de la servilité. On peut appeler ça séduction et en faire un machin glamour. Ca n'est un sport de haut niveau que dans très peu de cas. Massivement, c'est juste prendre l'habitude de se comporter en inférieure. Entrer dans une pièce, regarder s'il y a des hommes, vouloir leur plaire. Ne pas parler trop fort. Ne pas s'exprimer sur un ton catégorique. Ne pas s'asseoir en écartant les jambes, pour être bien assise. Ne pas s'exprimer sur un ton autoritaire. Ne pas parler d'argent. Ne pas vouloir prendre le pouvoir. Ne pas vouloir occuper un poste d'autorité. Ne pas chercher le prestige. » (p. 127)

On pourra ne pas se retrouver dans tout ce que Virginie Despentes écrit (je n'ai, par exemple, pas l'impression de me prostituer en m'étant mariée), mais ce bouquin amène une réflexion salutaire et devrait faire partie des incontournables, à mettre dans les mains de toutes les femmes pour arrêter de se juger entre nous, mais aussi de bon nombre d'hommes...

« Je veux obtenir plus que ce qui m'était promis au départ. Je ne veux pas qu'on me fasse taire. Je ne veux pas qu'on m'explique ce que je peux faire. » (p. 140)

Texte © Miss Alfie 2021.
Couverture : King kong théorie, Virginie Despentes, éditions Livre de poche, 2007, 160 pages.