Rv à la malouinièreJuillet 1914. Les Carbec de Bretagne, d'Allemagne et d'Amérique sont réunis à la malouinière léguée par l'ancienne Comtesse Clacla à sa filleule. Quelques semaines plus tard, le monde se déchire et certains des plus jeunes mourront au front. Pour les héritiers de la dynastie Carbec, une nouvelle ère s'ouvre.

Je pressentais la déception, et elle s'est confirmée... Voilà que Bernard Simiot nous fait faire plus qu'un bon dans le temps puisqu'il élude la Révolution et tout le 19e siècle pour nous transporter directement à la veille de la première guerre mondiale dans une famille devenue la petite bourgeoisie bretonne, avec tout ce que cela peut avoir de bon comme de moins bon dans la posture des uns et des autres...

Si l'auteur met en scène quelques personnages féminins qui sont plutôt intéressants (je pense notamment à Lucile...), je me suis interrogée à plusieurs reprises : le discours machiste et réactionnaire qu'il place dans la bouche de ses personnages masculins ou qui transparait dans leurs actes est-il juste le reflet de la pensée de l'époque ou est-il teinté des idées personnelles du romancier ?...

L'autre déception que j'ai eu viens du fait que Saint-Malo, qui était un personnage à part entière des deux premiers romans, apparaît ici tout juste en philigrane. La famille s'éparpille, entre Paris et le Maroc. La malouinière devient le point d'ancrage annuel, mais ce n'est plus l'histoire d'une ville, de son ouverture au monde, de ses corsaires. C'est l'histoire d'une famille partie de pas grand chose et devenue l'une de ces familles bourgeoises comme j'en ai cotoyé dans ma jeunesse bretonne, sûre de ses racines et de son éducation, parfois un peu hautaine...

Si j'ai commencé cette saga avec beaucoup d'enthousiasme, celui-ci a décliné au cours du second opus pour se noyer dans le troisième volume qui se rapproche surtout d'une saga familiale et s'éloigne fortement de l'aspect historique et culturel développé dans le premier... Sans compter certains propos tenus autour de la traite des noirs ou de la place des femmes dans la société qui m'ont quand même dérangé, n'arrivant pas à faire la distinction entre l'immersion dans l'époque et les idées de l'auteurs... Maintenant, à vous de vous faire votre propre idée, et de venir me dire ce que vous en aurez pensé !

Texte © Miss Alfie 2020.
Couverture : Rendez-vous à la malouinière, Bernard Simiot, éditions Livre de poche, 1991, 832 pages.