L'esquisse d'un rêve L'art de la vie

Islande, 1900. Dans le nord-ouest, une petite fille naît dans une fratrie de 6 ans. Son père lui offrira quelques années plus tard, avant de mourir, son premier carnet à dessin. Un carnet qui va la suivre quand sa mère, veuve, décidera de quitter leur fjord pour emmener ses enfants à la ville faire des études. Pour Karitas, ce sera la rencontre avec celle qui lui permettra d'accéder à une école d'art au Danemark...

Cela fait deux semaines que vous n'avez pas eu de chroniques par ici... Mais c'est que j'étais en plein voyage artistique en Islande, et cela m'a pris un peu de temps ! Alors je viens aujourd'hui vous en parler, pour qu'à votre tour, vous puissiez prendre la route de cette terre volcanique.

Dans ces deux romans qui se répondent en quelque sort, Kristín Marja Baldursdóttir relate l'histoire fictive d'une jeune femme qui va devenir l'une des artistes contemporaines les plus célèbres du 20e siècle. Dans le premier roman, la narration à la troisième personne est émaillée de présentation par Karitas elle-même de ses toiles, tandis que le second inverse le mode narratif : Karitas prend la parole et un tiers extérieur vient présenter les oeuvres de Karitas en les replaçant dans leur contexte, et en apportant parfois des précisions sur ce qui se passe pendant les ellipses de temps que fait l'autrice. 

Au fil des chapitres, c'est le portrait d'une Islande qui se développe au fil du siècle et celui de la place que ce pays réserve aux femmes que fait Kristín Marja Baldursdóttir. On y découvre qu'au début du siècle, le bateau était le mode de déplacement principale, la route qui fait le tour de l'île n'ayant été construite que dans la seconde moitié du siècle. La vie est fortement rythmée par les saisons de pêche d'une part, mais aussi par la présence ou l'absence de soleil. Cette question de la lumière sera d'ailleurs très présente dans l'oeuvre de l'héroïne...

L'héroïne, tiens, parlons-en un peu... C'est une jeune femme qui rapidement va vouloir s'émanciper de sa famille, sortir du carcan dans lequel ses frères, sa soeur, veulent la mettre. Seule sa mère entendra ce besoin d'évasion et de liberté en laissant sa fille cadette partir au Danemark pour faire ses études. A son retour, Karitas rêve de peinture, d'expositions, mais tombera rapidement enceinte. Des enfants comme des boulets, qui l'empêcheront pendant bien des années de vivre son art. Dans tout le premier livre en fait si on regarde bien... Et c'est peut-être parce que le second raconte l'émancipation, la libération de Karitas que je l'ai tant aimé. Peu à peu, la jeune femme vieillit, mûrit. Elle devra combiner les responsabilités familiales et ses désirs profonds, bien souvent incomprise par ses proches...

Dans un style narratif très poétique, Kristín Marja Baldursdóttir imagine un personnage puissant, raconte son pays et sa culture, et fait l'exercice au combien difficile de créer des oeuvres imaginaires pour donner corps aux tableaux de Karitas.
Deux très beaux romans pour une fresque qui a ravivé mon envie de poser un jour le pied en terre islandaise et découvrir ces étendues volcaniques, ces glaciers majestueux, et ces fjords à la luminosité si particulière.

Nota : le premier livre est sorti en France 2008 chez Gaïa sous le titre Karitas, sans titre. Quant au tome 2, il a été publié également chez Gaïa sous le titre Karitas : Chaos sur la toile. Si quelqu'un peu m'expliquer tous ces changements de titre entre les premières éditions et les éditions de poche, ça m'intéresse...

Texte © Miss Alfie 2020.
Couvertures : Karitas, livre 1 : L'esquisse d'un rêve, Kristín Marja Baldursdóttir, traduit de l’islandais par Henrý K. Albansson, éditions Points, 2011, 544 pages ; Karitas, livre 2 : L'art de la vie, Kristín Marja Baldursdóttir, traduit de l’islandais par Henrý K. Albansson, éditions Points, 2013, 672 pages.