La légèreté

Elle a 14 ans. Elle se trouve trop maigre et trop grosse à la fois. Elle se demande ce que ça fait, de faire du sexe. Elle voudrait en faire. Elle trouve que les relations avec les autres sont drôlement compliquées. Et puis elle part en vacances avec ses parents et son frère.

Une fois n'est pas coutume, je vais vous parler d'un bouquin que j'ai abandonné en cours de route malgré l'intérêt que je portais au sujet, mais parce que le style et la lenteur de la narration ne correspondaient pas à ce que je souhaite lire en ce moment.

Dans ce premier roman, Emmanuelle Richard met en scène une jeune fille sans prénom, dans une famille anonyme. Une adolescente de 14 ans qui se pose les mêmes questions que tous les ados, qui tente de se construire en lisant des magazines de mode qui lui expliquent les normes physiques dans lesquelles rentrer, et qui désespère d'avoir un tour de taille trop grand de cinq centimètres.

"Je me demande si c'est ainsi que sera ma vie, une succession de tentatives ratées pour aller vers les autres, une ribambelle d'échecs se tenant par la main, pareils aux bonshommes en papier crépon de toutes les fêtes d'école du monde et des kermesses de la terre, sera-ce ainsi que je passerai ma vie, à me traîner péniblement, opiniâtrement, inlassablement comme un bousier tenace dans des lueurs troubles de bar, auprès de garçons et de filles qui ne remarqueront jamais, sans calcul dont sans dignité, jusqu'à ce que je me lasse, que je me taise et m'assèche définitivement pour enfin rester seule, vieille et décatie avec mes chats que j'aurai choisi nus dans un souci égalitaire d'empathie générale - ils son laids et alors ? -, le même genre de sentiments qui poussent certaines personnes à adopter des furets orphelins puants." (p. 104-105)

Cette phrase résume à elle seule mon sentiment sur ce bouquin : d'un côté, elle touche juste, elle raconte exactement la crainte que moi aussi je pouvais avoir à 14 ans, cette sensation que jamais un garçon ne me regarderai, que jamais je n'arriverai à entrer en relation avec les autres, que je serai en décallage. D'un autre, elle est tellement longue et alambiquée, tellement trop. Trop de mots, des mots inutiles pour certains. Elle est le reflet du style de tout ce roman, qui se veut détaché avec cette narration anonyme qui alterne entre la troisième et la première personnes, mais un style qui mériterait d'être plus épuré...

Alors oui, c'est un premier roman. Il faudrait probablement jeter un oeil aux derniers romans publiés d'Emmanuelle Richard pour voir si elle a fait évoluer son écriture ou si ce style reste sa signature. Mais dans le second cas, je crains que nous ne soyons pas faites pour nous rencontrer !

Texte © Miss Alfie 2020.
Couverture : La légèreté, Emmanuelle Richard, éditions Points, 2018, 288 pages.