La joie de vivreExtrait de la quatrième de couverture : Près d’Arromanches, dans la maison du bord de mer où ils se sont retirés après avoir cédé leur commerce de bois, les Chanteau ont recueilli Pauline, leur petite cousine de dix ans qui vient de perdre son père. Sa présence est d’abord un surcroît de bonheur dans le foyer puis, autour de l’enfant qui grandit, les crises de goutte paralysent peu à peu l’oncle Chanteau, la santé mentale de son fils Lazare se dégrade, l’héritage de Pauline fond dans les mains de ses tuteurs, et le village lui-même est rongé par la mer.

Deux ans. Deux ans que je n'avais pas mis le nez dans du Zola. Effrayant. Ceci dit, cela explique peut-être le plaisir que j'ai eu à m'y replonger ! Mais, soyons honnête, ne vous fiez pas au titre de ce roman : une fois encore, Emile Zola plonge dans les tourments de l'âme et dévoile les conséquences terribles de l'ambition et de l'envie.

La joie de vivre est l'histoire de Pauline Quenu, la fille des charcutiers Quenu que l'on rencontre dans l'un de mes romans préférés de la saga des Rougon-Macquart, Le ventre de Paris. Ses parents décédés, Pauline est confiée à des cousins éloignés qui se réjouissent tout d'abord de la légèreté et du bonheur qu'apporte l'enfant dans leur maison, puis de son héritage qui servira allègrement à satisfaire les caprices de Lazare, l'enfant choyé des Chanteau. Rapidement, le lecteur se rend d'ailleurs compte que l'image du bonheur se craquelle, que l'apparence de bonhomie de la famille Chanteau cache une situation financière instable. Et au milieu, Pauline, qui accepte en petite masochiste son destin...

Oui, autant le dire, Pauline m'a agacée. Je n'aime pas ces personnages, qui disent oui à tout, qui ont "de la merde dans les yeux" pour le dire vulgairement, et préfèrent continuer à donner sans aucune reconnaissance dans le simple espoir d'être aimé. Au demeurant, je n'ai réellement aimé qu'un seul personnage dans cette histoire : le docteur, le seul qui ose ouvrir les yeux à Pauline mais finit par s'éclipser en comprenant que rien n'empêchera la jeune femme de (se) donner corps et âme (et héritage) à des êtres intéressés et instables. Et pourtant, qu'est-ce que j'ai aimé cette lecture, une fois de plus saisissante...

Tout cela est lié au talent de Zola, à cette maîtrise des mots, de la langue. Chaque terme semble le bon, au bon endroit. Rien ne pourrait mieux décrire l'émotion, le fait, le paysage que la phrase qu'il pose devant nos yeux. J'ai particulièrement apprécié le travail qu'on perçoit derrière le récit, autour de la médecine et de la science, restitué notamment dans la scène de l'accouchement, quand il décrit avec une précision effrayante les chairs qui s'écarte pour laisser passer l'enfant qui vient au monde...

Dans ce roman qui oscille entre douceur et tragédie, on se laisse porter et effrayer par l'abnégation de Pauline et les sacrifices qu'elle acceptera de faire, jusqu'au point de donner l'impression de s'effacer de sa propre vie...Tragique, mais brillant.

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Une lecture qui s'inscrit dans le cadre du challenge "Relisons les Rougon-Macquart" avec Lili Galipette.

Texte © Miss Alfie 2019.
Couverture : La joie de vivre, Emile Zola, éditions Livre de poche, collection Les Classiques de Poche, 2005, 512 pages.