Beauté fataleExtrait de la quatrième de couverture : Décortiquant presse féminine, discours publicitaires, blogs, séries télévisées, témoignages de mannequins et enquêtes sociologiques, Mona Chollet montre dans ce livre comment les industries du « complexe mode-beauté » travaillent à maintenir, sur un mode insidieux et séduisant, la logique sexiste au coeur de la sphère culturelle.

Après la lecture de Sorcières à l'automne dernier, j'ai eu envie de poursuivre ma découverte des écrits de Mona Chollet avec ses publications antérieures, et notamment Beauté fatale. Si, comme moi, vous lisez Sorcières avant Beauté fatale, vous ne serez pas surprise de voir dans le second publié il y a déjà sept ans bon nombre de sujet ré-abordé dans le premier ! Il faut dire que les deux ouvrages sont étroitement liés et abordent sous différents aspects à chaque fois la question de l'aliénation des femmes et de leur soumission à un dogme. Si Sorcières est beaucoup plus général et traite surtout de la place et du rôle des femmes dans la société, Beauté fatale fait un focus sur les injonctions que l'on reçoit de toutes parts s'agissant de l'apparence et de l'esthétique.

Dans cet ouvrage encore une fois très accessible, Mona Chollet scrute attentivement l'univers de la mode, des magazines, les séries et films, pour mettre en lumière les injonctions auxquelles les femmes doivent théoriquement se soumettre, et ce dès leur plus jeune âge. Elle remonte aussi le temps pour tenter de comprendre ce retour en force dans les jeunes générations de la soumission aux diktats masculins en matière de féminité, nous plonge dans le monde terrible de la mode, et nous amène à regarder différemment les magazines qui pullulent d'idéaux parfois totalement contradictoires et illusoires.

"Ce souci exclusif de ses loisirs, de son bien-être et de son plaisir revêt une nette dimension de classe. Il constitue un bras d'honneur plus ou moins franc adressé à la plèbe par une élite privilégiée qui évolue dans un monde à part, une bulle luxueuse, et qui ne veut rien savoir du cloaque où grouille la populace." (p. 80)

Cet ouvrage m'a particulièrement intéressé car il vient également suggérer qu'à travers la publicité, à travers la médiatisation des peoples, tout être humain peut rêver devenir lui aussi "quelqu'un". Mona Chollet porte un regard sans concession sur cette société qui nous fait croire qu'en ayant, nous serons. Acheter le dernier sac à la mode, se faire refaire les seins, maîtriser sa silhouette, autant de diktats qui nous apporteraient théoriquement non seulement le bonheur, mais aussi une place dans la société... Mais si tout cela n'était qu'illusion au final ?...

"Le sac, comme le parfum, permet de s'approprier une part de l'univers d'une marque, tout en présentant l'avantage de ne pas nécessiter d'essayage et d'aller à tout le monde : aucun risque de ne pas rentrer dans un sac." (p. 71)

Pages après pages, la réflexion se confirme : il ne s'agit pas de remettre en cause et de refuser de vouloir prendre soin de soi, mais il s'agit surtout d'apprendre à s'aimer tel que l'on est, avec nos singularités, nos différences, nos imperfections et d'en faire des forces et des fiertés !

"Notre apparence, comme l'agencement et la décoration de notre cadre de vie, est au moins quelque chose sur quoi nous avons prise." (p. 32)
"Il y a quelque chose de sidérant dans la facilité avec laquelle nous nous laissons persuader que, pour être désirés et aimés, nous devons éliminer tout ce qui nous rend singuliers." (p. 196)

Texte © Miss Alfie 2019.
Couverture : Beauté fatale, Les nouveaux visages d'une aliénation féminine, Mona Chollet, éditions La découverte, collection La Découverte poche, 2015, 296 pages.