Saphira sa fille et l'esclaveDans un domaine, en Virginie, en 1856. Saphira Carter règne en maître depuis son fauteuil roulant sur la maisonnée, tandis que son mari s'occupe du moulin qui les fait vivre. Élevée dans la tradition sudiste, Saphira est arrivée avec quelques esclaves qu'elle entend bien garder à ses côtés. A l'exception de la jeune Nancy qui fait les frais des sautes d'humeur de sa maîtresse. A proximité, la fille de Saphira, veuve, observe et s'interroge sur l'avenir de Nancy.

Après avoir découvert Willa Cather dans Mon Antonia l'an dernier, il me paraissait évident qu'il fallait continuer à lire et mettre en lumière cette écrivaine américaine récompensée par le prix Pullitzer en 1923 mais relativement peu connue en France me semble-t-il. Dans ce roman, on s'éloigne largement de la vision de l'esclavage à la Margaret Mitchell dans Autant en emporte le vent. Willa Cather est dans une toute autre logique et cherche plutôt à démontrer que, malgré toute la bienveillance dont peuvent faire preuve les maîtres, les esclaves ne sont que des biens, pouvant être achetés, transmis au bon vouloir du maître. A travers les personnages de l'époux et de la fille de Saphira notamment, elle amène toute une réflexion sur la notion de possession d'un être humain considéré comme un bien.

Dans un style simple et accessible, Willa Cather nous plonge dans une histoire intrigante dans laquelle on se demande qui arrivera le mieux à ses fins. On trouve des échos à Underground Railroad de Colson Whitehead, mais aussi au roman de Tracy Chevalier La dernière fugitive. Avec recul, Willa Cather prend une position claire quant à l'histoire de son pays, qu'elle nous rend une fois de plus accessible à travers des histoires banales pour l'époque qu'elle choisit de raconter.

Texte © Miss Alfie 2018.
Couverture : Saphira, sa fille et l'esclave, Willa Cather, traduit de l'anglais (USA) par Marc Chenetier, éditions Rivages, 2015, 220 pages.