Aquarium

Caitlin a douze ans. Après l'école, elle attend que sa mère ait fini son boulot sur les docks à l'aquarium de Seattle. Là, elle rencontre un vieux monsieur qu'elle retrouve chaque jour. Mais le jour où la mère de Caitlin découvre cette amitié, elle lui interdit d'y retourner.

Quand tu te rends compte que ce livre est sorti à l'automne 2016, qu'il est même sorti en poche entre-temps, et que tu ne l'as toujours pas lu, c'est qu'il est amplement temps de le faire sortir de la PAL. Mais il faut dire que David Vann, j'appréhendais un peu... L'homme m'avait lu des passages de Sukwan Island qui étaient relativement durs, et je me demandais si je serai capable de tenir le choc de cette lecture.

Force est de constater que j'ai réussi, mais après discussion avec Lili Galipette, grande lectrice et amatrice des écrits de Vann, je n'irai probablement pas plus loin... Bien qu'Aquarium soit, selon elle (avis confirmé par plusieurs autres lecteurs), l'un des plus softs de l'auteur, j'ai quand même eu le bide serré à plusieurs moments... Oui, mais dans ce cas, pourquoi est-ce que je continue à lire des auteurs comme Olivier Adam, qui n'est pas non plus un maître en matière de légèreté littéraire ? Parce qu'Adam nous parle de souffrance, d'émotions, de sentiments, et que Vann raconte la violence, la décrit, la met en scène. 

Dans cette histoire, David Vann nous plonge dans le quotidien d'une mère qui élève seule sa fille, une mère qui bosse sur les docks, enchaîne les heures pour subvenir à ses besoins et assurer un minimum d'avenir à sa fille, jusqu'à ce que cet homme se noue d'amitié avec sa fille. A partir du moment où elle l'apprend, où elle découvre l'identité de cet homme, c'est une descente aux enfers, ce qu'on pourrait appeler une décompensation totale. Elle perd pied, tente de faire porter à sa fille une histoire qui n'est pas totalement la sienne, et entraîne le lecteur dans une descente aux enfers extrêmement violente. 

Émaillé de descriptions de poissons qui ramènent la nature dans cet univers très urbanisé et bétonné, illuminé par une relation d'amitié passionnée, ce récit nous fait passer par de multiples émotions... Mais une chose est sûre : il est difficile de le lâcher en route, David Vann vous happe, vous entraîne dans un tourbillon, et vous laisse pantelant et chancelant à l'arrivée. Une puissance incroyable.

Texte © Miss Alfie 2018.
Couverture : Aquarium, David Vann, traduit de l'anglais par Laura Derajinski, éditions Gallmeister, collection Totem, 2018, 240 pages.