La nuit des beguines

Paris, 14e siècle. En plein coeur de la ville, des femmes non mariées vivent ensemble, sans être une communauté religieuse : des béguines. Protégées sous Louis IX, elles voient leur statut questionné sous Philippe Le Bel. Et l'arrivée de la rousse Maheut risque de ne pas faciliter les choses. La vieille Ysabel observe et va tenter de préserver son monde.

Après avoir visité l'été dernier le béguinage de Bruges, c'est avec beaucoup de plaisir que je me suis plongée dans ce roman d'Aline Kiner (merci Cousine !) qui nous embarque en plein Moyen-Age. J'avoue que, jusqu'alors, je pensais que les communautés de béguines étaient propres aux Flandres et au nord de l'Europe. Mais avec ce roman historique, Aline Kiner remet en lumière un mode de vie qui eut court en France et fut même protégé un temps par le roi lui-même.

Grâce aux personnages d'Ysabel, Maheut, Ade, Agnès ou encore Jeanne, Alice Kiner raconte la vie quotidienne de femmes au mode de vie très moderne pour l'époque et, par conséquent, propice aux pires rumeurs et fantasmes. Célibataires, veuves, les béguines menaient une vie retirées pour certaines, très ancrées dans la société pour d'autres, mais marquée par une indépendance qui ne plaisait pas forcément à tout le monde. Indépendantes financièrement, libres de gérer leurs biens, elles devaient malgré tout compter sur la tutelle des hommes, au moins pour guider leurs consciences (que voulez-vous, des femmes entre elles, c'est forcément source de péché et de tentation !). A travers l'histoire de ses femmes, on se rend vite compte que la liberté des femmes à disposer de leur corps, de leur conscience, de leurs biens, est bien un combat de tout temps !

Historiquement, le roman est ancré autour de personnages et faits réels, de Marguerite Porete dont j'ai totalement découvert l'existence au célèbre Jacques de Moley, dernier maître de l'ordre des Templiers. A travers leur destin, c'est aussi la puisse de l'Eglise catholique qui est décrite, une institution qui surveillait étroitement la diffusion du savoir et des idées. Plus largement, on est immergé dans une société où les croyances l'emportent sur la raison, où les convenances régissent la vie, où le savoir est encadré. Et gare à celui qui voudrait s'en écarter...

A travers le destin de ces femmes qui voulaient avant tout être libres, La nuit des béguines est une très belle découverte que je vous conseille vivement !

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Texte © Miss Alfie 2018.
Couverture : La nuit des béguines, Aline Kiner, éditions Liana Levi, 2017, 336 pages.
Montage photo : Le béguinage de Bruges, Miss Alfie 2017.