La salle de bal

Ella Fray est fileuse. Mais un jour, elle casse un carreau et est envoyée à l'asile de Sharston. John Mulligna est Irlandais. Après la mort de sa fille et le départ de son épouse, il va errer à travers l'Irlande jusqu'à rejoidnre l'Angleterre et être accueilli à Sharston, au pavillon des chroniques. Charles Fuller est médecin à Sharston, mais aussi chef d'orchestre : tous les vendredis soirs, un bal est organisé, seule occasion pour les hommes et les femmes de cet asile de se croiser.

La salle de bal est le second roman de Anna Hope traduit en français, mais le premier que je lis d'elle. Dans ce récit, l'auteure nous plonge dans le quotidien d'un hospice au Royaume-Uni au début du 20e siècle, où indigents et faibles d'esprits sont regroupés au titre de leur prétendue folie. Sans surprise, on découvre un univers violent, sordide, dur, où la prise en charge du patient et son respect sont de vains mots, où la norme bourgeoise l'emporte sur la nécessité de comprendre l'autre.

Pour raconter ce quotidien, Anna Hope s'intéresse à trois personnages principaux, quatre avec celui de Clemency Church : si elle n'est pas au coeur des chapitres, sa présence aux côtés d'Ella dans le pavillon des femmes joue un rôle important, et son personnage est le reflet d'une époque où les jeunes filles qui s'opposaient à leur famille étaient considérées comme folles et internées. Ella et John, quant à eux, sont deux personnes issues de la classe populaire, ouvrière ou paysanne, deux être un peu perdus mais animés par un désir de liberté difficile à exprimer dans cette univers quasiment carcéral. Enfin, dernière figure essentiel, Charles Fuller le médecin se révèle intéressant et complexe, avide de modernité et convaincu du bien-fondé des thèses eugénistes visant à réguler les naissances, notamment soutenues par un certain Winston Churchill... Sur ce point, on peut souligner l'impact du roman d'Anna Hope pour mettre en lumière les réflexions sur la stérilisation forcée des indigents qui se sont développées à cette époque au Royaume-Uni.

Au fil des chapitres, une danse étrange se met en place entre les personnages, une danse que les sentiment règlement bien plus que les conceptions et théories de Fuller, pour guider leurs pas vers une histoire d'amour touchante et émouvante, portée par un contexte historique très intéressant.

Texte © Miss Alfie 2017.
Couverture : La salle de bal, Anna Hope, traduit de l'anglais par Elodie Leplat, éditions Gallimard, 2017, 400 pages.