Trois amies

Stéphanie et Rachel sont amies depuis l'école primaire. Elles rencontrent Alison en même temps qu'elles font leur entrée au collège. Rapidement, un trio se forme tandis que Stéphanie tente de préserver les apparences face à ses amies.

Autant vous le dire tout de suite, si vous avez vu une fille hystérique sur le stand de L'école des loisirs au salon du livre de Paris cette année, c'était probablement moi qui venait de mettre la main sur ce bouquin. Il faut dire que la première fois que j'ai du le lire, j'avais à peu près l'âge des héroïnes, à savoir 12-13 ans... Et pendant toutes les années où je suis allée à la bibliothèque du bout de la rue de ma maison d'enfance, je me souviens l'avoir emprunté plus d'une fois, tout comme sa suite, Tiens bon, Rachel !Trois amies est raconté par la première fille du trio, Stéphanie, tandis que le second s'intéresse à la parfaite Rachel... Et comme à ma connaissance, il n'existe pas (ou du moins il n'existait pas à l'époque traduit en français) de suite mettant en scène Alison, je dois vous confesser un secret : à plusieurs reprises, sur la machine à écrire de mon père (oui, je vous parle d'un temps avant l'ordinateur...), j'ai rêvé d'écrire le roman d'Alison, ne dépassant jamais le premier chapitre ceci dit !

Toujours est-il que retrouver ce titre et m'y replonger m'a fait un énorme plaisir, comme si je retrouvais de vieilles copines et que nous passions notre après-midi à nous raconter nos souvenirs d'enfance... Relire ces ouvrages qui ont marqué notre enfance avec un oeil adulte est toujours intéressant. Quand je l'ai fait avec Roald Dahl, j'ai ainsi pu me rendre compte combien la violence peut nous laisser insensible quand on est enfant et qu'on ne réalise pas ses conséquences. Avec Judy Blume, c'est différent... Certains passages peuvent paraître niais, marqués par l'idéologie puritaine américaine, mais dans l'ensemble, Judy Blume réussit à parler assez justement des problèmes de la pré-adolescence et de l'adolescence.

Sans rentrer dans les détails, elle évoque la question de l'identité, l'amitié, les premiers amours, la confiance dans ses parents et ce qui peut se vivre comme une trahison, les contestations, les colères larvées qu'on reporte sur les autres ou sur la nourriture, la découverte d'un corps qui change, des règles... A travers l'histoire de ces trois jeunes filles, Judy Blume raconte l'histoire de toutes les adolescentes, le tout sans excès. Elle met en scène une Stéphanie optimiste et crédule, enfantine en quelque sorte, qui va basculer dans la réalité du monde des adultes, s'y débattre, ne plus trop savoir où est sa place... Des situations plus que réalistes si mes souvenirs de cette époque sont bons !...

D'aucuns trouveront sans doute à redire. L'histoire se passe aux Etats-Unis à la fin des années 1980. Autre temps, autre lieu, autres moeurs probablement. Mais Trois amies est ma madeline de Proust, l'une de ces lectures qui m'ont finalement marquée plus que je ne le croyais, et dont la relecture m'a permis de me rendre compte combien ces trois adolescentes m'ont accompagnée depuis leur rencontre...

Texte © Miss Alfie 2017.
Couverture : Trois amies, Judy Blume, traduit de l'anglais (USA) par Raphaëlle Desplechin, éditions L'école des loisirs, collection Médium, 2010, 279 pages.