underground railroad

Cora est née d'une mère esclave dans une plantation en Géorgie. Sa mère ayant réussi à s'échapper, Cora reste seule au milieu d'un monde de violence. Lorsque Caesar lui propose de tenter l'aventure de l'évasion, elle hésite puis se range à son choix. Mais dans leur fuite, Cora devra faire avec la ténacité de Ridgeway, le chasseur d'esclave frustré de n'avoir jamais remis la main sur sa mère...

Albin Michel a la chance de pouvoir publier sans sa collection "Terres d'Amérique" de superbes romans. C'est ainsi qu'en 2015, il avait publié le Pullitzer annuel, Toute la lumière que nous ne pouvons voir. Même chose en 2017 avec Underground railroad qui vient nous plonger dans les affres de l'esclavage au 19e siècle.

Avec ce roman, Colson Whitehead nous donne une vision de l'esclavage très éloignée de celle de Margaret Mitchell dans Autant en emporte le vent. Le respect et le paternalisme qui sous-tendent la vision de la sudiste sont à mille lieues de la violence des planteurs décrits par Colson Whitehead, cherchant à rentabiliser au maximum l'investissement financier fait dans cette main d'oeuvre. Car ce ne sont pas des hommes qui sont achetés, ce sont des machines à travailler, des outils au même titre que ceux que ces êtres humains tiennent dans leurs mains pour récolter le coton... Au sein même de la communauté d'esclaves, la hiérarchie est de mise et la violence règne. Elle peut tomber n'importe où, n'importe quand...

A travers la fuite de Cora, l'auteur en profite pour décrire la place des Noirs dans différents États à l'époque : si la Caroline du Sud dit leur offrir une place à part entière dans la société, ils sont quand même obligés de faire leurs courses dans des boutiques surtaxées ; en Caroline du Nord, c'est carrément la pendaison et le supplice pour toute personne de couleur qui serait aperçue... Étape par étape, Cora et le lecteur poursuivent leur route et découvrent aussi la solidarité à travers le chemin de fer clandestin. Cette route vers la liberté, Tracy Chevalier en parle aussi dans La dernière fugitive. Colson Whitehead en fait ici un personnage central, essentiel de son roman, une planche de salut pour Cora, mais aussi le symbole de la lutte contre le racisme et la haine.

Railroad underground, c'est une plongée dans l'histoire d'un pays qui n'a toujours pas réglé son problème de racisme, dont une partie de la population est toujours marquée par des idées rétrogrades de suprématie d'un peuple, d'une race, en raison d'une histoire de couleur de peau... Quand on a spolié les populations natives indiennes, quand on a asservi des êtres humains en raison d'une teinte de peau, quand on l'a réduit à l'état de marchandise, on en vient à douter grandement que cette "race" puisse être "supérieurement intelligente"... Un roman à ne pas manquer au milieu de cette rentrée littéraire foisonnante.

Texte © Miss Alfie 2017.
Couverture : Underground Railroad, Colson Whitehead, traduit de l'anglais (USA) par Serge Chauvin, éditions Albin Michel, 2017, 416 pages.