Autant en emporte le vent 1Autant en emporte le vent 2Autant en emporte le vent 3

Géorgie, domaine de Tara, 1861. La famille O'Hara s'apprête pour le grand pique-nique organisé par la famille Wilkes aux Douze chênes. Au détour d'une conversation, la jeune Scarlett apprend que le fils aîné, Ashley, en profitera pour officialiser ses fiançailles avec sa cousine, Mélanie. Pour Scarlett, qui se voyait déjà mariée à Ashley, c'est le drame. Mais le pique-nique réserve bien d'autres surprises, de la présentation à la communauté réunie du scandaleux Rhett Butler à l'annonce du début de la guerre contre les Yankees.

J'avais lu et vu cette fresque romanesque à l'adolescence mais j'ai profité d'avoir récupérer ces ouvrages chez ma grand-mère pour les relire. Et je dois dire qu'à 34 ans, on n'aborde pas Autant en emporte le vent comme à 15 ou 16 ! Ou du moins, la lecture se fait avec un regard plus mûr, moins focalisé sur les histoires d'amour. On se rend d'ailleurs vite compte de l'hommage que Margaret Mitchell rend à son Sud natal.

Sur ce point, il convient de s'arrêter un instant. Margaret Mitchell est une enfant de Géorgie, elle a grandi dans cette culture sudiste et dans l'Histoire des États confédérés et de la guerre de sécession. Cette guerre et ses conséquences sont au coeur de Autant en emporte le vent, au moins autant que les conquêtes amoureuses de Scarlett ! Ainsi, Autant en emporte le vent n'est pas qu'une histoire d'amour(s), mais avant tout le récit de la fin d'une époque, d'un basculement. Margaret Mitchell met en avant ces plantations de coton dont la prospérité se mesurait entre autre au nombre d'esclaves possédés. Elle revient aussi sur les début du Ku Klux Klan, sur la montée d'un racisme violent auparavant caché derrière une sorte de paternalisme bienveillant. Bien évidemment, ce point de vue est empreint de l'Histoire familiale de Margaret Mitchell, des récits de guerre qu'on lui a conté, mais cette fresque a le mérite d'offrir un regard sur cette époque.

Et au milieu de ces considérations, Scarlett O'Hara, le mythe, la légende, à la fois détestable et adorable. Margaret Mitchell imagine un personnage extrêmement moderne, que ce soit pour le XIXe siècle tout autant que pour l'époque à laquelle elle écrivit son roman. Scarlett est un personnage choquant, qui n'aura de cesse de vouloir gagner de l'argent, pour sauver le domaine familial, pour nourri les siens et surtout pour ne plus jamais connaître la faim imposée par la guerre. Scarlett, derrière ses minauderies et ses motivations parfois discutables, est une femme forte, maîtresse d'elle-même, qui ne recule devient rien pour arriver à ses fins, et ne laisse jamais rien au hasard. Bref, Scarlett est une arriviste, une opportuniste, mais une personnalité à laquelle on finit par s'attacher et pour laquelle on ressent au final de la tristesse devant tant de solitude et d'incapacité à comprendre les choses à temps.

Au final, Margaret Mitchell livre le fruit de dix années de travail. Dix ans pour construire le destin et dresser le portrait d'hommes et de femmes bien plus complexes qui ne le paraissent de prime abord. Dix ans pour une fresque historique, romanesque et culturelle inoubliable qu'on redécouvre aujourd'hui avec un autre regard, à l'aune des récentes manifestations aux Etats-Unis de suprémacistes blancs...

Challenge classique
Une lecture qui s'inscrit dans le cadre du challenge "Un classique par mois" de Pr. Platypus.

Texte © Miss Alfie 2017.
Couvertures : Autant en emporte le vent, tome 1, Margaret Mitchell, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Pierre-François Caillé, éditions Gallimard, collection Folio, 1976, 480 pages ; Autant en emporte le vent, tome 2, Margaret Mitchell, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Pierre-François Caillé, éditions Gallimard, collection Folio, 1976, 480 pages ; Autant en emporte le vent, tome 3, Margaret Mitchell, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Pierre-François Caillé, éditions Gallimard, collection Folio, 1976, 480 pages.