Les amoureux de Sylvia1796. Le port de pêche de Monkshaven est en pleine effervescence : les baleiniers reviennent au port après six mois en mer. Mais sur le quai, les femmes ne sont pas seules à les attendre : les recruteurs de la marine royale ont vite fait d'enlever quelques paires de bras vaillants pour la guerre contre la France. La jeune Sylvia observe l'émeute et trouve refuge dans la boutique où son cousin Philip travaille. Amoureux fou de Sylvia, Philip désespère de voir Sylvia tomber sous le charme du harponneur Charley Kinraid.

Il s'agit du second roman d'Elizabeth Gaskell que je lis, et comme avec Nord et Sud, voilà la preuve d'une très grande écrivain. Si ses romans se passent peu ou prou à la même époque que ceux de Jane Austen, la comparaison s'arrête là. Elizabeth Gaskell ne se contente pas de raconter le destin de jeunes femmes à marier qui finiront par suivre leur coeur plus que leur raison, elle brosse le portrait d'une société ancrée dans l'Histoire.

Ainsi, dans Les amoureux de Sylvia, la guerre contre la France révolutionnaire apparaît constamment en toile de fond avec tout l'enjeu de la conscription et le rôle des recruteurs. Ces hommes n'hésitaient pas à user de ruse et de force pour kidnapper paysans et marins pour les envoyer au combat. Et seul celui qui a lu l'ouvrage comprend leur rôle essentiel dans l'intrigue construite par Elizabeth Gaskell.

Cette intrigue, il faut le reconnaître, commence lentement. On s'attarde sur la description de la ville, des personnages, sur des moments du quotidien, des visites de veillées aux fêtes de fin d'année. Elizabeth Gaskell prend le temps de construire son univers, tisser les liens qui unissent les personnages les uns aux autres avant d'enchaîner les évènements qui viennent peu à peu transformer la gentille roman en tragique drame.

Avec une volonté de décrire au plus précis une femme simple, peu savante mais pleine de bon sens et d'émotion, Elizabeth Gaskell construit un personnage qui a tout d'une héroïne tragique et romantique mais bien moins fade que certaines jeunes filles bonnes à marier créées par sa consoeur Jane Austen. Autant vous dire qu'il va m'être difficile de me replonger dans les ouvrages de cette dernière avec ce coup de coeur confirmé pour Elizabeth Gaskell !

Challenge classique
Une lecture qui s'inscrit dans le cadre du challenge "Un classique par mois" de Pr. Platypus.

Texte © Miss Alfie 2017.
Couverture : Les amoureux de Sylvia, Elizabeth Gaskell, éditions Points, collection Grands romans, 2013, 696 pages.