L'animal et son biographeUne jeune auteure est invitée à un festival littéraire dans le Lot. Tandis que la deuxième rencontre prévue dans un camping s'achève, elle se fait raccompagner et se réveille dans une maison perdue dans la forêt, et non à son hôtel comme prévu. Coupée du monde, elle rencontre finalement le maire de ce village qui lui propose de participer à son projet novateur : faire revivre l'auroch, animal préhistorique mythique et disparu. Du moins théoriquement.

Avant d'entamer la lecture de ce livre, j'ai eu la chance de rencontrer Stéphanie Hochet et d'échanger quasiment en privé avec elle sur son travail de romancière sur L'animal et son biographe. Ce point me semble essentiel car, je l'avoue, je ne suis pas certaine que j'aurai accroché à cette histoire très éloignée de l'univers de Un roman anglais qui m'avait tant plu. Ici, l'auteure livre un ouvrage très différent, où la relation de l'homme et de l'animal de manière générale, et la question du statut, du rôle de l'écrivain, sont au coeur du texte.

"Lors de ces premières conférences, j'étais stupéfiée par l'application avec laquelle les gens notaient mes propos comme si j'étai professeur d'université ou un scientifique arrivant avec de nouvelles découvertes." (p. 27)
"Le lecteur a souvent le don de vous projeter hors de la matrice de la création pour vous montrer ce qui sous-tend votre roman et qu'on a mis en oeuvre sans se l'expliquer." (p. 37)

Stéphanie Hochet débute son roman avec quelques affirmations, quelques clichés, notamment sur les campeurs, mettant en scène un personnage dont on se doute qu'il est en partie inspiré d'elle-même. Puis, rapidement, elle glisse vers quelque chose de beaucoup plus complexe. Si la place de l'écrivain, son rôle d'appat vendeur, apparaît au départ, si l'auteur pose un regard relativement cynique sur ces rencontres estivales, tout cela met surtout en avant la précarité de ce métier pourtant rêvé par beaucoup de lecteurs. Sauf que L'animal et son biographe nous montre combien le job d'écrivain peut être cruel, et jusqu'où un auteur peut aller, par tentation de gloire ou simplement par nécessité financière. En parallèle, Stéphanie Hochet développe une réflexion sur le rapport entre êtres humains et animaux : qui s'inspire de qui, qui est différent ou, au contraire, si proche de qui ? A travers cette bestialité humaine, l'auteure recrée le mythe du minautore en enfermant au coeur d'une forêt idyllique et bucolique sa narratrice.

"Il aimait l'espèce humaine pour ce qu'elle a d'incontrôlable, la fureur primitive que l'on ressent dans la forêt quand on peut tuer ou être tué." (p. 118)
"J'ai connu le baptême du sang. Moi qui ait horreur des mises à mort, je me suis découverte prédatrice, je ne l'aurais jamais imaginé. Embarquée dans une traque, j'ai changé, découvrant la joie qu'inspire un instinct primaire éveillé, une joie ou plutôt la sensation violente de vivre. J'avais laissé dans l'ombre cette peur, sauvage, cette possibilité d'excitation carnassière que nous tentons de canaliser dans le sport, la réussite professionnelle ou que la société contient par la conscription ou, en cas d'échec, derrière les murs épais des prisons." (p. 144)

Au fil des pages, elle mène le lecteur dans un univers qui devient fantastique, horrifique, onirique, mais surtout tragique. Les mécanismes narratifs sont bien huilés, subtils et maîtrisés, ancrés dans des réalités à la fois historiques et culturelles. A l'arrivée, L'animal et son biographe mérite qu'on s'y attelle et qu'on prenne le temps de le comprendre, car Stéphanie Hochet démontre une fois de plus son talent pour construire des romans complexes, déroutants, mais surtout très puissants.

Texte © Miss Alfie 2017.
Couverture : L'animal et son biographe, Stéphanie Hochet, éditions Rivages, 2017, 192 pages.