La disparition de Josef Mengele

De début 1943 à début 1945, Josef Mengele fut médecin dans le camp de concentration d'Auscwhitz. Nazi convaincu, il effectua sur les prisonniers des expériences destinées à mieux comprendre la gémellité et à créer une race aryenne puissante. L'ère nazie révolue, Mengele emprunta les réseaux d'expfiltration et quitta l'Europe pour l'Amérique du Sud afin de sauver sa peau.

Cet ouvrage de la rentrée littéraire ne se dévore pas comem L'écliptique, il ne se savoure pas non plus comme Un certain m. Piekielny, mais il se lit avec une intensité qui en fait d'ors et déjà un phénomène de cette rentrée littéraire d'automne. A partir de faits réels, Olivier Guez part sur les traces d'un homme dont le nom est peut-être moins connu du grand public que celui d'Eichmann, grand inventeur de la "solution finale", mais un homme au profil tout aussi ignoble et révoltant.

De l'Argentine au Brésil en passant par le Paragyuay, l'auteur retrace la fuite sans fin d'un homme qui resta convaincu toute sa vie du bien fondé de son "travail de recherche" (je ne peux m'empêcher de mettre des guillemets tant ce qu'il fit est abject). Même acculé par son fils, jamais Mengele n'eut un mot de regret et d'excuse, jamais il ne renia ses conviction et la doctrine nazie. Et pourtant, les quelques passages qui relatent ses exactions et son comportement à Auschwitz, même s'ils sont courts, suffisent à donner la nausée...

"Injecter, mesurer, saigner ; découper, assassiner, autopsier : à sa disposition, un zoo d'enfants cobayes afin de percer les secrets de la gémellité, de produire des surhommes et de rendre les Allemandes plus fécondes pour peupler un jour de paysans soldats les territoires de l'Est arrachés aux Slaves et défendre la race nordique. Gardien de la pureté de la race et alchimiste de l'homme nouveau, une formidable carrière universitaire et la reconnaissance du Reich victorieux le guettaient après guerre." (p. 10)
"Médecin, il a soigné le corps de la race et protégé la communauté de combat. Il a lutté à Auschwitz contre la désintégration et les ennemis intérieurs, les homosexuels et les asociaux ; contre les juifs, ces microbes qui depuis des millénaires oeuvrent à la perte de l'humanité nordique : il fallait les éradiquer, par tous les moyens. Il a agi en homme moral." (p. 28)

Mais à travers l'histoire de Mengele, Olivier Guez relate aussi le monde et les relations géopolitiques dans l'après-guerre, quasiment jusqu'aux années 1980. Il évoque notamment le rôle des pays d'Amérique du Sud, du régime de Perón notamment, dans l'accueil des nazis bientôt traqués par les survivants des camps et leurs descendants. Sans porter un seul jugement, il raconte, expose les faits, laissant à son lecteur le soin de tirer les conclusions qui s'imposent, de s'énerver et de se révolter devant tant d'immobilisme.

"Alors, en attendant que la guerre froide dégénère, Perón devient le grand chiffonnier. Il fouille les poubelles d'Europe, entreprend une gigantesque opération de recyclage : il gouvernera l'Histoire, avec les détritus de l'Histoire. Perón ouvrira les portes de son pays à des milliers et des milliers de nazis, de fascistes et de collabos ; des soldats, des ingénieurs, des scientifiques, des techniciens et des médecins ; des criminels de guerre invités à doter l'Argentine de barrages, de missiles et de centrales nucléaires, à la transformer en superpuissance." (p. 22)
"Les États empêchés par les contingences de la realpolitik, entrent en scène journalistes et chasseurs de nazis, attirés par le miel et la gloire, le scoop d'une vie et l'argent. Eux aussi fouillent le Paraguay et constituent la légende d'un super vilain aussi insaisissable que Goldfinguer, une figure pop du mal, invincible, richissime et rusée, qui sème ses poursuivants et se tire des situations les plus périlleuses sans une égratignure. En ce milieu des années 1960, James Bond triomphe sur les écrans et Docteur Mengele devient une marque dont l'évocation glace le sang et fait grimper les tirages des livres et des magazines : l'archétype du nazi froid et sadique, un monstre." (p. 101)

On ressort de cette lecture sans une once d'empathie pour cet homme égocentrique et imbu de lui-même, un homme couard qui n'osa jamais regarder la vérité en face, qui n'osa jamais non plus assumer ces convictions qu'il défendait tant, préférant se terrer et se cacher, au péril de sa santé. Mais rassurez-vous, je ne m'apitoie guère sur le sort de ce boucher d'Auschwitz. Un boucher qu'Olivier Guez (re)met en lumière dans un de ses ouvrages indispensables pour ne jamais oublier de quoi les hommes sont capables entre eux.

"Au fond, il n'a jamais été très politique et depuis qu'il est enfant, quoi qu'il prétende, son amour de l'Allemagne ou sa fidélité au nazisme, il n'a jamais pensé qu'à lui, il n'a jamais aimé que lui." (p. 35)
"Mengele, ou l'histoire d'un homme sans scrupules à l'âme verrouillée, que percute une idéologie venimeuse et mortifère dans une société bouleversée par l'irruption de la modernité." (p. 142)

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Une lecture en partenariat avec NetGalley et Grasset, sortie en librairie le 16 août 2017 !

Texte © Miss Alfie 2017.
Couverture : La Disparition de Josef Mengele, Olivier Guez, éditions Grasset, 2017, 240 pages.