Mary Reilly

Après avoir vécu une enfance traumatisante, Mary Reilly se place dans différentes maisons avant d'être embauchée comme femme de chambre chez le docteur Jekyll. Ce dernier témoigne d'une bonté et d'une attention à son égard qui trouble la jeune femme. Mais la douceur de son Maître ne peut compenser le trouble qu'elle ressent par moment, et notamment quand son nouvel assistant arrive, mr. Hyde.

A la lecture de ce pitch, vous vous direz sûrement que vous connaissez au moins deux des trois personnages qui y sont nommés. Et pour cause : Mary Reilly est une réécriture du conte de Robert Louis Stevenson, L'étrange cas du Docteur Jekyll et de M. Hyde. Aussi, pour bien saisir le roman de Valerie Martin, je ne saurai que vous conseiller d'avoir lu l'original avant.

Dans cette réécriture, Valerie Martin imagine le récit par les yeux d'une des domestiques de Jekyll, Mary Reilly. Je vous avoue que je ne suis même pas certaine que Stevenson l'évoque dans son histoire originale, mais le point commun est que, là encore, il s'agit d'un récit indirect des événements. Ce n'est plus un notaire qui raconte ces étranges faits, mais une femme de chambre, une personne potentiellement peu éduquée mais qui fait pourtant preuve dans son journal qui nous est ici livré d'une grande maîtrise de la langue. On peut s'interroger sur le réalisme de ce style, mais on ne peut qu'apprécier l'effort de langage et de syntaxe de Valerie Martin et de sa traductrice pour nous donner l'impression de lire un texte d'époque et non du 20e siècle.

Côté intrigue, on connaît l'histoire. Mais Valerie Martin joue sur la noirceur du personnage de Hyde et sur la double personnalité de Jekyll pour convoquer les angoisses et les peurs les plus intimes de son héroïne. Dotée d'une perception particulière des émotions, Mary Reilly perçoit très vite les changements d'ambiance qui s'opèrent dans la maison au fur et à mesure que les expériences de Jekyll s'amplifient. Pour autant, elle ne saisira pas mieux que les autres ni plus vite ce qui se passe dans le cabinet de travail du Maître...

Une réécriture intéressante, qui donne envie de se replonger dans l'original pour pouvoir saisir les points communs et traquer les éventuels divergences chronologiques !

"Lorsque mon Maître est éveillé, ses traits ne révèlent qu'intelligence et bonté, mais dans le sommeil, j'y vis plutôt de la mélancolie, un front obscurci par quelque ennui intime." (p. 109)

Texte © Miss Alfie, 2017.
Couverture : Mary Reilly, Valerie Martin, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Annie Saumont, éditions Libretto, 2016, 256 pages.