L'arbre du pays Toraja

Tandis que le narrateur, cinéaste, rentre de voyage, il apprend que son producteur et meilleur ami souffre d'un cancer. Au pays Toraja, qu'il a visité, les sépultures des enfants sont faites dans les arbres. L'être redevient nature. Et chez nous, en France, en occident, comment veiller ses morts, comment vivre sans eux ?

Encore une fois, Philippe Claudel a touché sacrément juste avec ce roman sur le deuil. Comme Olivier Adam, Philippe Claudel sait aborder la question du deuil et de la perte avec justesse et subtilité pour en tirer tout l'espoir et la force nécessaires à la vie de ceux qui restent.

"Poursuivre sa vie quand autour de soi s'effacent les figures et les présences revient à redéfinir constamment un ordre que le chaos et la mort boulerversent à chaque phase du jeu. Vivre, en quelque sort, c'est savoir survivre et recomposer." (p. 47)

Comme souvent, on s'interroge en lisant Claudel : un narrateur anonyme, cinéaste et écrivain, avec de la famille en Lorraine... Quelle est la part de fiction, quelle est la part d'autobiographie ? Où sont les questionnements de l'auteur au milieu de ceux du narrateur ? Mais au final, qu'importe. L'essentiel est dans le message que Philippe Claudel cherche à faire passer, dans ce manifeste pour la vie qu'il lire en parlant de la mort et des défunts.

"On se croit souvent seul à fréquenter les autres, à vivre des instants avec eux, à les connaître. Leur disparition nous met face à leur multiplicité." (p.114)

Certes, ceux qui sont partis nous manquent. Certes, ils laissent dans nos vies un vide, une place que nul autre ne pourra combler, un espace qu'il faut ré-imaginer. Mais de ce roman, je retiens qu'il ne suffit pas de vivre dans le souvenir du passé avec eux. Il faut avancer, penser à eux, mais vivre en leur honneur, vivre en les ayant en nous, comme cet arbre du pays Toraja qui pousse autour des corps qu'il abrite.

"Laisse Papa là où il est, c'est-à-dire nulle part. Tu es vivant toi. Il te reste quoi, quelques années, avec que que tu fumes, avec ce que tu bois ? Profites-en." (p. 96)

Roman sur le deuil, L'arbre du pays Toraja n'est paradoxalement pas le roman le plus triste de Philippe Claudel. Il est puissant et lumineux et nous rappelle la force de la vie, la force des souvenirs, qu'ils soient dans notre mémoire ou dans notre corps, et la priorité, l'injonction que nous avons tous d'avancer sans rester bloqués dans le passé, coûte que coûte.

Texte © Miss Alfie 2017.
Couverture : L'arbre du pays Toraja, Philippe Claudel, éditions Stock, 2016, 216 pages.