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En 1988, David Simon, le créateur de la série The Wire, alors reporter au Baltimore Sun, a passé un an au sein de la brigade criminelle de Baltimore, une ville qui compte 240 meurtres par an. Son récit documentaire, adapté par Philippe Squarzoni, raconte le quotidien des inspecteurs - très éloigné de la représentation qu'en fait Hollywood - et dresse un tableau minutieux de la violence urbaine américaine dans les quartiers en détresse. (quatrième de couverture)

J'avais découvert Philippe Squarzoni avec son pavé Saison brune, lecture indispensable qui avait fort logiquement terminé meilleur album de BD 2012, titre bien officieux décerné par un jury composé de moi-même. S'agissant d'Homicide, je l'avais envisagé dans une de ces revues produites par les éditeurs et/ou distributeurs que le dealer donne de temps en temps. Et lors de sa sortie, ce dernier ma confirmé la qualité du livre en précisant néanmoins que le récit serait découpé en cinq tomes. Qu'importe, plongeons-nous dans les bas-fonds de Baltimore.

Graphiquement, tout d'abord, l'auteur, assisté de Drac aux couleurs, nous plonge dans un univers aux tons sépia, plutôt monochrome, seulement teinté du rouge du sang des cadavres qui jonchent l'univers des inspecteurs de la police criminelle de la ville. Trés sobre, très réussi. Sous un aspect presque minimaliste, Squarzoni sort quand même des décors précis et des visages expressifs. On regrettera certains découpages de double pages un peu hasardeux qui font perdre le fil de la lecture. Rien de rédhibitoire néanmoins. 

Car le fond de l'histoire, le fond du problème est prégnant du début à la fin du tome. Homicide raconte comment une brigade criminelle tente de résoudre 240 crimes par an, sous la pression des supérieurs, des résultats et de la comparaison avec d'autres brigades. C'est aussi l'âme des policiers qui est sondée, quand un dossier reste sur le bureau depuis trop longtemps ou quand les éventuels témoins sont récalcitrants. Au final, Homicide est un récit brut, sans concession, de la vie de policiers à la fin des années 80 dans une ville pauvre des Etats-Unis. Une seule question se pose : le fond du problème est posé, le lecteur comprend avec cet opus la difficulté des flics, aussi cinq tomes sont-ils nécessaires ? Surtout avec ce dénouement du premier tome ? L'avenir le dira.

Texte © Alfie's mec, 2016.
Couverture : Homicide, Philippe Squarzoni (d'après David Simon), Éditions Delcourt, 2016.