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Dimanche 29 août 1937. Un sous-marin républicain espagnol sort son nez des eaux troubles pour faire surface au milieu des brumes de la rade de Brest, où personne ne l'attend. La guerre d'Espagne vient de s'inviter à la pointe du Finistère, clandestinement. Brest bouillonne, grouille de pirates, de bandits et d'espions. Au milieu de ce marigot, le mystérieux X-10 se sent comme un poisson dans l'eau. (quatrième de couverture)

Soyons francs, Futuropolis, l'éditeur a fait pas mal de promotion sur ce livre. Soyons francs, l'idée d'un one-shot d'espionnage sur fond de guerre m'attirait beaucoup. Soyons francs, l'avis positif du dealer m'a convaincu de plonger dans la rade de Brest. Soyons francs, la pari est plutôt bien tenu. Soyons francs, cette anaphore commence à être soûlantes, aussi passé-je à autre chose.

Première remarque, ne lisez pas cet album en étant un peu fatigué. En effet, la difficulté des histoires d'espionnage, c'est la multiplicité et la duplicité des personnages. Prenons donc la Guerre d'Espagne et ce sous-marin qui arrive en France. A qui a-t-on à faire ? Tout d'abord, l'équipage du sous-marin, logiquement partagé entre franquistes et républicains. Bien que la France se soit déclarée neutre dans ce conflit, il y a sur le quai anarchistes et communistes, partisans des républicains, et les membre du parti d'extrème-droite, le Parti Social Français, qui roulent pour Franco. Le but, capturer le sous-marin pour armer un camp contre l'autre. Du coup, plein de personnages qu'il faut suivre et reconnaître mais, rassurez-vous, ça se fait bien dans un état de forme correct.

Et l'histoire est plutôt bien racontée. En fond, une voix off, la voix de ce fameux X-10, sorte d'agent secret qui glisse dans l'histoire entre les mailles du filet. Désabusé, il voit et décrit le petit opéra qui se déroule sous nos yeux. Cette description sous forme de voix off est clairement une originalité et un atout de l'album. A noter également un supplément d'une dizaine de pages en fin de livre qui décrit le contexte historique de cette fiction. Graphiquement, le dessin réaliste est vraiment joli, avec un très bon travil sur les couleurs et les ambiances. Globalement, cette nuit noire sur Brest est un album fort plaisant qui plaira aux amateurs du genre.

"Il me faut l'avouer, j'ai toujours aimé les dancings et leurs petits théâtres d'ombres nocturnes. Chacun y joue un rôle, à tel point affecté, et pour tout dire ridicule, que la comédie peut prendre ici des ampleurs étonnantes. L'alcool et les heures aidant, elle atteint même des firmaments majuscules. Et pourtant, il n'y a de vrai que les alcooliques et la disparition progressive de toutes leurs inhibitions. La République devrait se jeter dans les bras des ivrognes qui feraient voter les lois dans les dancings. Alors peut-être, la politique, prose à son propre piège, cesserait d'être cette putain fardée que chacun souille égoïstement au nom du bien commun."

Texte © Alfie's mec, 2016.
Couverture : Nuit noire sur Brest, scnéario : Bertrand Galic et Kris (d'après Patrick Gourlay), dessins : Damien Cuvillier, Éditions Futuropolis, 2016.