Marie TudorFille aînée de Henri VIII, Marie Tudor régna sur l'Angleterre et l'Irlande de juillet 1553 à novembre 1558, date de sa mort. En un peu plus de cinq ans, elle laissa dans l'histoire le souvenir d'une reine catholique qui mena une répression sanglante dans un royaume converti à l'anglicanisme. Mais qui était vraiment Marie Ie ?

Après m'être intéressée à la cousine écossaise Marie Stuart, j'ai eu envie de replonger dans l'histoire mouvementée de la dynastie Tudor en découvrant l'histoire de la soeur aînée d'Elisabeth Ie, Marie Ie. Mais avant de devenir Marie Ie, Marie Tudor vécu une enfance marquée par la répudiation de sa mère, la très catholique Catherine d'Aragon, par Henri VIII qui souhaitait épouser Anne Boleyn.

Dans cette biographie de facture classique, Isabelle Fernandes reprend chronologiquement l'histoire de Marie, de sa naissance à sa mort. Pendant toute son enfance et sa jeunesse, on voit se dérouler le règne de son père, les jeux de pouvoir en oeuvre entre l'Angleterre et le royaume de Charles Quint, neveu de Catherine d'Aragon. Ce retour dans l'enfance de Marie permet de comprendre les pressions que sa mère et elle subirent pour abjurer la religion catholique au profit du protestantisme anglican imposé par Henri VIII suite à son mariage avec Anne Boleyn, mais aussi les frustrations nées de la relégation de l'héritière légitime au rang de bâtarde après la naissance d'Elizabeth. Il faudra attendre le règne d'Edouard, le fils d'Henri VIII pour que les deux soeurs puissent enfin accéder au trône dans l'ordre classique encore en vigueur en Grande-Bretagne aujourd'hui.

Cependant, si l'ouvrage est fortement documenté, il convient d'avoir un minimum de bases concernant le conflit religieux qui enflamma le royaume d'Angleterre pendant plusieurs décennies car il est au coeur de bien des manoeuvres politiques de l'époque, et de ce qui rendit Marie Tudor célèbre : la sanglante répression des protestants. Au fil des pages, on réalise que l'extrémisme d'un côté comme de l'autre ne pouvait avoir comme réponse qu'un autre extrémisme. Un écho troublant et terriblement actuel... Dans ce récit distancé et neutre, Isabelle Fernandes donne un certain nombre de clés au lecteur pour se faire sa propre opinion et analyse de la période et du personnage. En replaçant celle qui fut la première femme à porter la couronne d'Angleterre dans un contexte historique et politique, Isabelle Fernandes contribue à démystifier son image et à nuancer sa vie.

"S'il n'est ni possible ni souhaitable de faire abstraction des quelques trois cents victimes qui périrent en moins de cinq ans, il est toutefois fort réducteur de parler de la fille aînée d'Henri VIII seulement par défaut, en se bornant au sobriquet simpliste mais tellement vendeur de Marie La Sanguinaire. Marie Tudor fut aussi Marie Ie."

Texte © Miss Alfie 2016.
Couverture : Marie Tudor, Isabelle Fernandes, éditions Tallandier, collection Biographies, 2012, 400 pages.