Le café de l'excelsiorJules, le grand-père, tenait le café de l'Excelsior. Un café de quartier, un boui-boui dans lequel le patron se servait un verre dès qu'il fallait remettre une tournée, aux fenêtres duquel il aurait fallu changer les rideaux, et où un petit garçon vécu sans doute les quatre plus belles années de sa vie, jusqu'à ce que la protection de l'enfance ne veuille l'en protéger...

Philippe Claudel a ce pouvoir terrible de raconter la simplicité avec un talent fou, de mettre des mots sur des événements anodins de l'enfance et de les sublimer pour en faire des souvenirs grandioses. Dans ce court roman (moins de 100 pages), il campe un adulte qui se souvient des quatre années passées aux côtés de son grand-père.

A chaque page, on a envie de prendre son crayon pour noter les mots de Claudel, tout en délicatesse et en retenue, mais tellement percutant. Claudel fait revivre une époque. Avec lui, on entre dans ce café qui, au petit matin, sent le tabac froid mélangé aux relents d'alcool de la veille, on s'installe autour de l'une des petites tables et on refait le monde avec les habitués. On devient cet enfant qui porte sur le monde un regard teinté des vapeurs de l'Excelsior.

Histoire d'ajouter un peu de dramaturgie à une histoire qui pourrait être simplement une belle évocation du passé, Claudel met en scène un homme en costume qui sent la betterave et finira pas décider que, pour le bien de l'enfant, grandir dans un café n'est pas indiqué. Il signera la fin d'une époque et le début de nos larmes.

Car oui, quand on lit Claudel, il faut avoir un mouchoir à portée de main pour se tamponner les yeux, ou au moins pour faire croire qu'on a attrapé un rhume par là quand on devra se moucher en tournant les dernières pages. Et bizarrement, le mouchoir à portée de main est un besoin récurrent, quand on lit ce garçon ! A découvrir si ce n'est déjà fait !

"L'Excelsior était leur phare ; ils y attendaient la mort sans vouloir la feinter." (p. 11)
"Mais quand l'autre était parti, il finissait par répondre à haute voix, parlant à je ne sais quel fantôme, que les robes de mariées sont encore plus belles quand les années déposent en leurs soieries la fatigue des jours, et qu'un rideau retient parfois, en plus de la crasse, un peu des peines du monde et tous les sourires d'une vie." (p. 18)
"Les années entaillent le front des hommes à mesure qu'elle ronge leurs coeurs et si l'on dit que la vie se lit sur l'usure d'un visage, c'est que nos corps penchés trahissent nos errements et vos peines." (p. 43)

destination PAL
Une lecture qui s'inscrit dans le cadre du Challenge Destination PAL de Lili Galipette !

Texte © Miss Alfie 2016.
Couverture : Le Café de l'Excelsior, Philippe Claudel, éditions Livre de poche, 2007, 96 pages.