Pot bouilleFraîchement débarqué de Provence, Octave Mouret prend location d'une chambre dans une demeure bourgeoise. Rapidement, il est engagé au grand magasin de la rue tenu par le couple Hédouin, Au bonheur des dames. Mais justement, en parlant de dames, Octave se demande laquelle sera la première à succomber à ses avances.

Il faut parfois se méfier de ses souvenirs et de ses impressions de jeunesse. Me concernant, je viens de vivre l'une de mes plus grandes déceptions, et je ressors de cette lecture stupéfaite : je n'étais vraiment pas futée en première pour trouver que ce bouquin était génial ! Un peu plus de quinze ans plus tard, je viens de passer deux semaines à lire ce roman bourré de misogynie et renvoyant une image des femmes bien caricaturale...

A l'origine, je ne gardais en mémoire que la partie "portrait d'une maison bourgeoise et de ses coulisses". Et c'est en effet la porte d'entrée de ce dixième roman de la saga des Rougon-Macquart. Zola, cruel et tragique, y dresse le portrait d'un immeuble qui, sous des abords de respectabilité parfait, cache en fait d'aussi sordides secrets que les chambres de Nana ou Gervaise...

"Un seul bec de gaz brûlait, l'escalier s'endormait dans une chaleur lourde. Il lui sembla plus recueilli, avec ses portes chastes, ses portes de riche acajou, fermées sur des alcôves honnêtes. Pas un soupir ne passait, c'était un silence de gens bien élevés qui retiennent leur souffle." (p. 21)
"En effet, Adèle seule, débarquée à peine de sa Bretagne, bête et pouilleuse, pouvait tenir dans cette misère vaniteuse de bourgeois, qui abusait de son ignorance t de sa saleté pour la mal-nourrir." (p. 27)

Sans complaisance pour les bourgeois comme pour les domestiques, Zola raconte les mesquineries, les mariages arrangés, les affaires d'argent, les héritages cachés et l'adultère à tous les étages. Ah non, elle n'est vraiment pas respectable, la maison de Zola, mais bizarrement, on semble bien plus tirer sur les femmes que sur les hommes... Le destin de Berthe, qui finira par tomber entre les griffe d'un Octave parfois bien violent avec ses conquêtes (encore un qui n'a pas du saisir la notion de non qui veut vraiment dire non), en est un exemple parfait tandis qu'on fait la fête avec Duveyrier chez sa maîtresse... 

Dans ce roman centré sur l'intimité des ménages, Zola recrée une micro-société et égratigne la belle façade des ces maisons bourgeoises dans lesquelles ont rogne sur tout pour pouvoir s'acheter quelques colifichets, les femmes semblant n'être que frivolité, futilité et faiblesse...

Bien. Au suivant ! Espérons que cette fois, je retrouverai le plaisir de Zola, peintre d'une époque !

 

71762180destination PALChallenge classique

Une lecture qui s'inscrit dans le cadre du challenge "Relisons les Rougon-Macquart" avec Lili Galipette, du challenge Destination PAL 2016 de la même Lili Galipette et du challenge "Un classique par mois" de Pr. Platypus.

Texte © Miss Alfie 2016.
Couverture : Pot-Bouille, Emile Zola, éditions Livre de poche, collection Les Classiques de Poche, 1972, 512 pages.