La lettre écarlate

En 1642, dans la petite ville américaine de Salem, Hester Prynne est condamnée à porter sur ses vêtements un A rouge pour témoigner de son acte d'adultère. Sous les yeux de son mari qui réapparaît pour l'occasion et de son amant qu'elle refusera toujours de dénoncer, Hester et son bébé, Pearl, sont mises au pilori.

En 1850, Nathaniel Hawthorne publie un roman qui sera par la suite considéré comme le premier roman de littérature américaine classique. La littérature américaine est-elle différente de la littérature française classique ? Possible, probable, car empreinte de la culture du Nouveau Monde, mais surtout parce que traduite. Or, il se trouve qu'en débutant ce roman, j'ai eu bien du mal à accrocher au style de l'écriture. Alors autant vous dire que quand ma copine Lili m'a dit que la traduction que je lisais était une des plus abordables, je me suis demandée ce que ça pouvait donner, Hawthorne dans le texte !

Toujours est-il que si vous voulez tenter le coup avec La lettre écarlate, vous pouvez assez aisément faire l'impasse sur l'introduction dans laquelle l'auteur raconte les trois années de sa vie qui ont précédées la rédaction de son histoire. Inspecteur des douanes à Salem, Hawthorne explique avoir découvert l'histoire d'Hester Prynne dans un tiroir dans un bureau désaffecté. Je vous épargne le reste, c'est le seul point intéressant. Dommage, car on pourrait presque avoir tendance à baisser les bras avant la fin de cette cinquantaine de pages...

Or, la suite est... comment dire... brillante ? puissante ? ultra moderne ? Un peu de tout ça en fait... Car dans ce roman qu'il situe quelques années avant le célèbre épisode de la chasse aux sorcières de Salem, à laquelle il fait référence à différentes reprises, de manière directe ou indirecte avec de multiples références aux diables et aux esprits divers dont Pearl pourrait être une incarnation, Nathaniel Hawthorne brosse le portrait d'une femme soumise à une communauté particulièrement marquée par la religion et le puritanisme. L'opprobe est sur Hester, on tente bien de savoir avec qui elle a eu cet enfant maudit, mais ce qui compte, c'est cette lettre qui la marque et l'isole. Elle est le témoin pour toutes et tous de la condamnation publique de la communauté, elle arbore cette marque partout, tout le temps.

Autour d'Hester, trois personnages forts vont graviter : la petite Pearl évidemment, qui interpelle beaucoup sa mère, la renvoie en permanence à sa faute initiale bien plus encore que cette lettre écarlate, son mari qui réapparaît et assouvira sa vengeance en cachette, et l'amant, rongé par la culpabilité et la honte. Autant d'émotions et de sentiments qu'Hawthorne s'efforce de décrire dans tous leurs aspects.

Roman à l'écriture complexe, La lettre écarlate fait partie de ces livres que je suis fière d'avoir réussi à lire et à apprécier !

"Elle se tenait à l'écart de ce qui intéressait les autres, et pourtant les côtoyait tel un fantôme qui revisite un coin du feu familier et ne peut plus se faire sentir ou voir, ni sourire à la joie de son foyer, ni partager le chagrin de sa famille ou, s'il réussit à manifester une sympathie interdite, n'éveillera que la terreur et une horrible répugnance." (p. 119)
"Pearl était né pour être rejetée par le monde de son âge. Diablotin, emblème et produit du péché, elle n'avait pas le droit de figurer parmi les baptisés. Rien n'était plus remarquable que l'instant, semblait-il, avec lequel elle comprenait sa solitude, le destin qui avait tracé un cercle inviolable autour d'elle, tout ce qu'avait de particulier sa situation par rapport à celle des autres enfants." (p. 131)
"Il est à porter au crédit de l'âme humain qu'à moins que l'égoïsme n'entre en jeu, elle est plus disposée à aimer qu'à haïr." (p. 218)
"Leur rencontre était si étrange, dans l'obscurité de ce bois, qu'on aurait dit la première, dans le monde de l'au-delà, de deux esprits qui auraient été intimement liés dans leur vie précédente mais restaient à grelotter comme de froid, effrayés l'un de l'autre, pas encore habitués à leur état ni à la compagnie d'être désincarnés. Chacun un spectre, et pourtant épouvantés d'eux-mêmes." (p. 257)

Challenge classiquedestination PAL

Une lecture qui s'inscrit dans le cadre du challenge "Un classique par mois" de Pr. Platypus et du challenge Destination PAL 2016 de Lili Galipette.

Texte © Miss Alfie 2016.
Couverture : La lettre écarlate, Nathaniel Hawthorne, traduit de l'anglais par Pierre Goubert, éditions Livre de poche, collection Les Classiques de Poche, 2015, 360 pages.