L'infortunée

1823. Lord Geoffrey Loveall recueille un bébé. Incapable de le reconnaître comme fils, Rose est éduquée comme une fille et destinée à devenir l'héritière de la plus grande fortune britannique. Mais comme toute héritière, elle suscite des jalousies qui seront exacerbées lorsque ses secrets seront dévoilés.

Ce roman, c'est mon amie Lili qui me l'a mis entre les mains lors d'une virée en librairie. "Tu as aimé Danish girl, tu devrais apprécier cette histoire", m'a-t-elle dit. Et elle ne s'était pas trompée ! Au coeur des deux histoires, la question de l'identité, du genre, le fait de se sentir homme ou femme, le fait d'être soi envers et contre tout. 

Au cours de ma lecture, j'avais gardé en tête que Lili m'avait dit qu'il s'agissait d'une histoire vraie, mais je n'ai rien retrouvé sur le net permettant de le confirmer. Je me suis néanmoins laissée portée par cette histoire qui nous plonge en Angleterre au XIXe siècle. En même temps, la plume de Wesley Stace, également connu sous le nom de John Wesley Harding dans l'univers musical, est parfaitement fluide et facile à appréhender, même si on perçoit une grande maîtrise du style, de la narration et de la littérature grâce aux multiples références qui émaillent le récit, d'Ovide à Shakespeare.

Dans cette histoire, Wesley Stace met en scène un personnage homme d'un point de vu physiologique mais qui fut élevé comme une fille dans les premières années de sa vie pour protéger son père, incapable d'admettre sa masculinité. Quand je dis "élevé comme une fille", j'entends par là qu'on lui donna un prénom féminin certes, mais aussi qu'on lui fit porter tout au long de son enfance et jusqu'à un âge avancé des robes. Or, il fallut qu'un jour, le secret soit dévoilé. En dehors des multiples questions que Rose se posait, c'est une véritable remise en question qui va l'assaillir. Qui est-il ? Qui est-elle ? Pourquoi lui avoir si longtemps menti ? Comment trouver sa place ? 

Je ne vous raconterai pas toutes les péripéties qui émaillent cette fresque familiale passionnante, marquée par les secrets, par la jalousie, par des luttes d'héritage et des quêtes d'identité. Je ne peux que vous inviter à vous plonger dans L'infortunée qui vous offrira un voyage dans le temps bien loin des histoires d'amour à la Jane Austen : ici, la trame de l'intrigue qui pourra sembler classique n'est qu'un prétexte pour interroger la question du genre et de l'identité.

"Un bébé ne se vivait pas lui-même de l'intérieur comme mâle ou femelle, jusqu'au jour où la société lui enseignait quel rôle il était censé tenir." (p. 120)
"Je lisais le plus que je pouvais avant de me laisser glisser dans le sommeil, comme si je sombrais entre les couvertures du livre lui-même, avec une lenteur délicate. Je lisais et relisais la même phrase jusqu'au moment où les mots se mêlaient, se confondaient sous mes yeux, dans ma pensée, tandis que mes paupières se fermaient irrésistiblement." (p. 159)
"Les membres de ce club n'ont rien en commun avec moi et je ne rechercherai pas leur compagnie. Ils se livrent à un simple passe-temps. J'imagine qu’ils se plaisent à se déguiser en femme. Mais moi, je ne me déguise pas. On ne peut imiter ce qu'on est vraiment, Victoria, et c'est vraiment moi que vous avez en face de vous." (p. 442)

destination PAL
Une lecture qui s'inscrit dans le cadre du Challenge Destination PAL de Lili Galipette !

Texte © Miss Alfie 2016.
Couverture : L'infortunée, Wesley Stace, traduit de l'anglais par Philippe Giraudon, éditions J'ai lu, collection Par ailleurs, 2007, 602 pages.