Les ames et les enfants d'abord

Tandis qu'elle visite Venise en famille, la route de l'auteure croise celle d'une mendiante. Une main aperçu entre des linges devant Saint Marc, et voilà la vie, la réflexion d'une femme sur la pauvreté et la misère bouleversée.

Je voudrais tout d'abord remercier celle qui a permis à ce livre d'arriver entre mes mains. Je sais qu'elle passe de temps en temps par ici, sache que ce livre m'a beaucoup touché...

Pourtant, des récits, j'en lis peu. Je préfère les romans, je préfère la fiction, je préfère croire que ce que me racontent les auteurs ne peut exister, ne peut être réel. Sauf que dans ce livre, c'est notre réalité, notre société qu'Isabelle Desesquelles observe.

Alors que ses pas croisent une mendiante à Venise, au milieu de tous ces touristes bourrés d'argent, au milieu d'une place Saint Marc envahie de costumes, la réalité s'expose, la misère se dévoile. Alors, comme pour exorciser, Isabelle Desesquelles raconte combien cette vision bouleversa les mois et les années qui suivirent, son rapport aux mendiants, aux SDF, à ceux qui restent dehors quand nous fermons les portes de nos appartements surchauffés. 

"Quand il neige, ne pouvant plus s'asseoir, il reste accroupi contre son mur qui ne le soutient en rien, des flocons plein les sourcils, je passe devant sans m’arrêter avec un "Bonne journée". Politesse d'automate faussement enjouée de bien élevée qui ne m'élève pas." (p. 88)

Isabelle Desesquelles, dans ce récit, pose un regard ironique, cynique et sans concession sur notre société mue par l'argent et l'appat du gain. Elle nous aide à ouvrir les yeux sur ceux qui parsèment nos virées de shopping, nos courses quotidiennes et desquels nous préférons bien souvent détourner le regard. Pas vu, pas pris, pas réels.

"La vraie victoire des ultrariches, c'est que les prochains pauvres se battent contre les pauvres." (p. 38)

Alors que les migrants tentant de rejoindre l'eldorado européens sont de plus en plus nombreux à périr à bord de canaux de sauvetage au milieu de la Mediterranée, voilà un ouvrage qui remet de l'humanité dans nos âmes et qui redonne à ces êtres invisibles une place dans notre monde.

"Ils sont des milliers, ils sont cinq mille à avoir tenté d'approcher les côtes européennes l'année dernière. Quelle importance s'il en manque à l'arriver, il y aura toujours bien assez de réfugiés, et de quidams devant les infos et leur apéro pour s'y noyer." (p. 44)

destination PAL
Une lecture qui s'inscrit dans le cadre du Challenge Destination PAL de Lili Galipette !

Texte © Miss Alfie 2016.
Couverture : Les âmes et les enfants d'abord, Isabelle Desesquelles, éditions Belfond, 2016, 96 pages.