Nana

Bien loin de la boutique de fleurs, Nana monte désormais sur les planches. Aguichant le Tout Paris, elle réside dans un appartement meublé et payé par un de ses admirateurs avec sa gouvernante, Zoé. Pour arrondir les fins de mois difficiles, la Satin n'est jamais loin pour lui fournir quelques astuces et clients.

Poursuivons notre découverte de la saga des Rougon-Macquart avec son opus le plus sulfureux certainement puisque Zola s'attaque à la question de la prostitution féminine. Le lecteur attentif se souviendra de Nana dans L'assommoir, placée en apprentissage, et qui montra rapidement un attrait plus que prononcé pour la frivolité, les coquetteries, et découvrit les avantages de son pouvoir de séduction pour se faire offrir ce qui lui plaisait. 

Et bien quelques mois/années plus tard, Nana n'a pas changé. Nana est sûre d'elle, elle ruse, elle séduit, elle met les hommes dans son lit les uns à la suite des autres dans le sel but de dominer, d'être la plus belle, la plus connue, la plus tout... En la matière, la scène des paris aux courses est grandiose : le lecteur ne sait plus si les hommes présents parient sur le cheval qui va courir ou sur la jeune femme assise au milieu des fleurs. Des têtes, Nana va en faire tourner, poussant les hommes dans leurs plus extrêmes retranchements, créant des drames avec innocence. Si elle n'a guère de scrupules à vendre ses charmes, elle dispose d'une philosophie quant au sexe bien en avance pour son temps : se faire plaisir avant tout, et pourquoi pas avec les femmes tant qu'à faire. Et s'il faut admettre un vieux dans la couche, c'est par intérêt et par attrait du luxe.

Autour de Nana, c'est un monde de galants et de frivolités qui gravite. Zola profite de cet opus pour nous entraîner dans les coulisses du théâtre notamment puisque c'est là que Nana se fait connaître, malgré ses incompétences notoires en la matière ! Brouilles pour quelques lignes de moins que le partenaire, jeu d'acteurs sur scène comme en coulisse, jeu de galanterie du foyer des acteurs aux loges des spectateurs : encore une fois, à travers un personnage central fort, Zola raconte un pan de la société d'alors...

Très différent du précédent Une page d'amourNana est un roman qui fait le lien entre les classes ouvrières et paupérisées et la bourgeoisie, mais démontre qu'au final, le destin de Nana restera aussi tragique que celui de Gervaise, sa mère.

"Dès ce second acte, tout lui fut permis : se tenir mal en scène, ne pas chanter une note juste, manquer de mémoire, elle n'avait qu'à se tourner et à rire, pour enlever les bravos. Quand elle donnait son fameux coup de hanche, l'orchestre s'allumait, une chaleur montait de galerie en galerie jusqu'au cintre." (p. 18)
"Ce fut l'époque de son existence où Nana éclaira Paris d'un redoublement de splendeur. Elle grandit encore à l'horizon du vice, elle domina la ville de l'insolence affichée de son luxe, de son mépris de l'argent, qui lui faisait fondre publiquement les fortunes." (p. 312)
"C'était bien, c'était juste, elle avait vengé son monde, les gueux et les abandonnés. Et tandis que, dans une gloire, son sexe montait et rayonnait sur ses victimes étendues, pareil à un soleil levant qui éclaire un champ de carnage, elle gardait son inconscience de bête superbe, ignorante de sa besogne, bonne fille toujours." (p. 347)

71762180destination PALChallenge classique

Une lecture qui s'inscrit dans le cadre du challenge "Relisons les Rougon-Macquart" avec Lili Galipette, du challenge Destination PAL 2016 de la même Lili Galipette et du challenge "Un classique par mois" de Pr. Platypus.

Texte © Miss Alfie 2016.
Couverture : Nana, Emile Zola, éditions Livre de poche, collection Les classiques de poche, 1967, 512 pages.