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Le prince Vibescu de Bucarest a grand appétit et il paraît qu'à Paris, les femmes ont cuisse légère. Le voilà qui entreprend un voyage frénétique où règnent la "joie infernale" et les combinaisons licencieuses, la satire et la subversion.

Dans la série "romans érotiques", il convient de lire Les onze mille verges. C'est le chef-d'oeuvre du genre, bla bla bla, si tu l'as pas lu, t'as rien compris, bla bla bla. Voilà grosso modo ce que j'ai entendu quand j'ai commencé à m'intéresser au genre. Après, j'ai rencontré l'excellent libraire de la Musardine, librairie érotique à Paris. Au-delà de confirmer l'assertion originelle, il a émis un petit avertissement préalable en précisant que Les onze mille verges, oui, mais ça peut être un peu trash par moments.

Et en fait, ouais, carrément. Mais ça passe bien. Je développe. Il faut voir le roman d'Apollinaire comme un film porno où le scénario n'est pas particulièrement recherché. Le héros arrive quelque part, il trouve un homme ou une femme ou plusieurs personnes et ça baise dans tous les sens et toutes les positions. Le but ici n'est clairement pas de raconter une histoire mais de montrer les choses, toutes les choses, explicitement. Et tout y passe, même les trucs les plus odieux. Au-delà des délires scatophiles ou SM, on a droit à une charmante scène de viol incestueux de nourrisson. Et pourtant, ça marche. Évidemment, tu grimaces un peu en lisant ça mais c'est écrit sur le ton du délire, de telle sorte qu'on en est réduit à dire que c'est n'importe quoi. 

Après, il faut ramener le roman à ce qu'il est, un roman érotique écrit en 1907. C'est pour l'époque une oeuvre parfaitement subversive plus destinée à choquer qu'à révolutionner la littérature. Mais il faut également préciser que c'est vraiment bien écrit, de façon très rythmée, très potache. Si Les onze mille verges n'ont aucune vocation excitatoire, le roman n'en demeure pas moins un pilier de la littérature érotique qu'il convient de lire avec l'option "second degré" activée.

Texte © Alfie's mec, 2016.
Couverture : Les onze mille verges, Guillaume Apollinaire, Éditions J'ai lu, 1907 (édité sous cette forme en 1973).