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2084. Le totalitarisme a pris les traits bonhommes de la social-démocratie. Le citoyen ne s'opprime plus : il se fabrique. À la pâte à norme, au confort, au consensus. Au cœur de cette glu, un mouvement, une force de frappe, des fous : la Volte. Le Dehors est leur espace, subvertir leur seule arme. Emmenés par Capt, philosophe et stratège, le peintre Kamio et le fulgurant Slift que rien ne bloque ni ne borne, ils iront au bout de leur volution. En perdant beaucoup. En gagnant tout. (Quatrième de couverture)

Alain Damasio, je l'ai découvert avec la Horde du Contrevent. Attention, avant de cliquer sur le lien de la chronique de la Horde..., sachez qu'elle n'est pas de ma plume. Toujours à l'affût de nouveaux esclaves pour rédiger des chroniques sur ce blog, la miss avait recruté Clément. Mais cet homme intelligent a su se défaire de l'emprise de la miss et n'a plus remis les pieds ici. Grand bien lui a pris, quand on voit mon état psychique qui se dégrade de jour en jour. 

Si la Horde du Contrevent était une aventure de fantasy très poétique, Alain Damasio donne avec la Zone du Dehors dans la dystopie politique de science-fiction. Il y décrit une cité de 7 millions d'habitants établie sur un satellite de Staturne après que les hommes se soient passablement dézingués à coups de guerres mondiales. Ceux qui restent sur la planète sont misérables tandis que Cerclon, cette cité nouvelle vit sous le joug d'une démocratie où tout est soumis au vote populaire, que ce soit la promotion sociale ou le verdict d'un procès. Devant cette douce tyrannie tente de résister la Volte qui passe, au mieux, pour de doux illuminés, au pire, pour des terroristes. 

L'univers décrit par Damasio invite à une réflexion bien actuelle sur la place de l'homme dans la société et sur ce qu'il est prêt à perdre comme libertés au profit d'une sécurité factice. Bien actuelle en particulier au regard des lois liberticides actuellement votées par un vrai parlement dans une vraie démocratie... Sous couvert de démocratie, Damasio décrit en fait une société égoïste et totalitaire fondée sur la peur de l'autre (ce membre de la Volte qui s'oppose au principe de notre société ne peut être qu'un terroriste...), description qui colle malheureusement trop bien à notre société actuelle.

L'histoire est prenante, monte en intensité et en tension au fur et à mesure. Je regrette simplement que le dernier tiers du roman soit un peu du grand guignol. Passé le procès de Captp, le leader de la Volte, l'histoire s'enfonce dans un bourbier un peu foutraque décrit sans doute trop vite par rapport au lent montage qui est fait pendant les deux premiers tiers. Parce qu'il y a de vrais grands moments d'écriture dans ce roman, où les conceptions politiques et sociétales sont fouillées, très profondes et réellement passionnantes.

Il y a également un parallèle à faire avec 1984 de George Orwell. Outre l'année de sa fiction, 2084, Damasio glisse des références au chef d'oeuvre d'anticipation du Britannique : le pouvoir détenu par un seul homme omniscient, des éléments de novlangue et évidemment le point principal, l'aspect totalitaire d'une société que ses habitants considèrent comme idéale. Au final, la Zone du Dehors reste une très bonne lecture, malgré la déception apportée par la fin du scénario.

Texte © Alfie's mec, 2016.
Couverture : La Zone du Dehors, Alain Damasio, Éditions Folio SF, 2007.