Couv_266187

A la fin du XIXè siècle, le père Boitelle mène une vie résignée de vidangeur et traîne sa carriole vers toutes les basses besognes qu'on lui confie. Lors d'une visite à la propriété de Maitre Auballe, il tombe en arrêt devant une statuette "nègre" qui remue en lui des souvenirs. Devant l'insistance de son hôte, il va raconter sa jeunesse de soldat au Havre et dévoiler son coup de foudre pour la belle Norène, jeune Africaine serveuse au Café des Colonies. (extrait de la quatrième de couverture)

"Tiens, Christophe, la miss avait bien aimé Facteur pour femmes, non ? Ben des mêmes scénariste et dessinateur, ils viennent de rééditer le Café des Colonies et c'est tant mieux parce que c'est passé inaperçu alors que ça mérite d'être lu. En plus, le sujet peut t'intéresser, vas-y, fonce Coco !!" En réalité, le dealer ne m'appelle pas Coco. Là, je synthétise ses propos. Et, fourbe qu'il est, il a profité de l'absence de sortie marquante pour QUAND MÊME me refiler un bouquin. Du coup, gentil comme je suis, je l'ai lu.

Et bon... ben... mouaif. Mouaif, c'est ce que je dis quand je ne suis pas franchement convaincu. Ce n'est pas totalement génial, ce n'est pas totalement mauvais, c'est... mouaif. Commençons par l'ouvrage en lui-même. L'histoire est inspirée d'une nouvelle de Guy de Maupassant et le scénariste ajoute en fin d'histoire un texte de sa plume qui imagine la vie de Norène 17 ans après sa rencontre avec Boitelle. Le concept est original et mérite d'être salué.

Ceci dit, le scénario est un peu léger. Je vous vois venir, vous allez me dire que le scénario, c'est Maupassant, on ne va pas non plus le réinventer. Soit. De deux choses l'une. D'une part, je n'ai pas lu la nouvelle de Maupassant, je ne suis pas en mesure de dire s'il s'agit d'une stricte adaptation, d'une histoire dérivée ou  autre chose. D'autre part, quand on écrit que le scénario est "inspiré de" quelque chose, je me dis que l'essentiel de l'histoire vient du scénariste de l'album. Du coup, je maintiens mon avis, c'est léger. L'histoire se résume à 1) Boitelle rencontre Norène et en tombe fou amoureux 2) Viens, on se marie ! 3) Faut quand même que je te présente à mes parents 4) Bon laisse tomber, ils veulent pas, t'es noire. La quatrième de couverture annonce "une charge contre le racisme ordinaire". Pardon mais c'est une chargeounette qui ne devrait pas ébranler grand chose. Bien sûr, on voit les réactions de peur ou de haine de l'autre, bien sûr on voit que les deux héros en sont meurtris mais tout ça reste superficiel. A la fin de l'histoire, j'ai juste envie de demander : "Et alors ? C'est tout ?" Même remarque pour la petite histoire qui suit l'album. C'est mignon, un peu superficiel et, au final, sans grand intérêt complémentaire.

Un mot quand même sur le dessin qui est tout à fait charmant. Les personnages ont des "gueules", les paysages sont chouettes et pas trop chargés, quelques cases de décors sont vraiment très belles et les couleurs claires, presque pastel confère à l'ensemble une sorte de légèreté. Est-ce alors justement cette contradiction entre le propos et les couleurs qui fait que je suis resté sur ma faim, je ne pense pas. Si le dessin est incontestablement réussi, je persiste à penser que l'histoire aurait mérité d'être un peu plus profonde, plus grave et d'aller plus loin dans le contexte et l'histoire des personnages. 

Texte © Alfie's mec, 2016.
Couverture : Boitelle et le café des colonies, Didier Quella-Guyot et Sébastien Morice, Éditions Bamboo (collection Grand Angle), 2016.