41wT96uawhLFin des années 1990, début des années 2000. Elles sont loin, les années à Birmingham, près de l'usine de Longbridge et du collège de King William. Qui sont-ils devenus ? Où sont leurs rêves de jeunesse ? Comment se sont-ils construit ? Dans un monde en mutation, Paul, Benjamin, Lois, Claire et les autres reviennent.

Je vous l'avais dit, je n'allais pas traîner pour lire la suite de Bienvenue au club car les personnages me hantaient et me troublaient pour certains. Il faut dire que Jonathan Coe a un réel talent pour brosser des portraits complexes, de personnages ambigus, torturés, tourmentés... Et dans Le Cercle fermé, nos adolescents devenus quadragénaires s'en posent, des questions sur leurs vies !

On y retrouve la même galerie de personnages, assortis de quelques uns supplémentaires évidemment (enfants, conjoints, maîtresses...), mais c'est bien à la troupe de départ que Jonathan Coe reviendra au fil des pages dans ce roman construit comme un miroir du premier opus de ce diptyque. Rien que pour ce travail de construction de la narration, Jonathan Coe mérite d'être respecté et considéré comme un grand écrivain. Il ne se contente pas d'aligner des chapitres, il crée une oeuvre, à l'instar de son personnage Benjamin qui rêve d'une oeuvre avec une architecture particulière. Cette construction en miroir renforce cette sensation de boucle bouclée, de diptyque achevé quand on achève ce Cercle fermé, qui, du coup, porte assez bien son nom ! La dernière partie notamment est un écho à la première de Bienvenue au club : on découvre le destin de chacun des écoliers de l'époque... Une mise en perspective des destins et trajectoires individuelles que j'ai trouvé très intéressante.

Côté histoire, si le premier roman s'intéresse à l'apprentissage de cette bande de jeunes, ce second opus se focalise plus sur les questions existentielles qui touchent tout adulte à un certain stade de sa vie. Quant au contexte historique, plus question d'évoquer l'indépendance de l'Irlande ou les conflits syndicaux : la mondialisation, le 11 septembre et la guerre en Irak sont au coeur des débats de société et de la vie de nos protagonistes. Là encore, je tire mon chapeau à ce brillant auteur britannique qui réussit à créer des personnages attachants, réalistes, et surtout ancrés dans une réalité dont il fournit indirectement des clés de lecture.

J'avais adoré Testament à l'anglaiseBienvenue au club et Le cercle fermé s'inscrivent réellement dans la digne suite de ce premier roman lu de Jonathan Coe : des portraits acides et réalistes du Royaume-Uni au cours du 20e siècle. Brillant !

Texte © Miss Alfie 2016.
Couverture : Le cercle fermé, Jonathan Coe, traduit de l'anglais par Jamila et Serge Chauvin, Éditions Gallimard, collection Folio, 2007, 560 pages.