La septième fonction du langageLe 25 février 1980, Roland Barthes est renversé par une camionnette. Cet accident lui sera fatal. Accident, ou assassinat ? C'est ce que va tenter de comprendre le commissaire Bayard. Pour cela, il va lui falloir s'introduire dans les cercles littéraires dont le jeune sémiologue Simon Herzog va lui ouvrir les portes.

Pendant de nombreuses semaines, j'ai oscillé entre l'envie d'acheter ce nouveau roman de Laurent Binet, dont j'avais énormément apprécié HHhH, et la crainte de passer à côté du fait du sujet sous-jacent : la sémiologie, on ne peut pas dire que ça me parle plus que ça ! Pourtant, que ce point n'effraie pas les lecteurs potentiels qui, comme moi, n'en ont jamais entendu parler avant : si vous avez l'esprit un peu curieux, ce roman pourra vous satisfaire grandement !

Car La septième fonction du langage reste avant tout un roman. Un roman qui parle de personnages réels, vivants ou morts, un roman qui fait référence à des événements réels, tout autant que fictifs, ou possiblement réels mais probablement fictifs... Un roman dans lequel la frontière entre vérité et fiction est aussi floue que ce visage sur la couverture ! Un roman dans lequel l'intrigue devient prétexte pour manier la langue et apporter au lecteur des référence théoriques tellement accessible que j'ai maintenant très envie d'aller acheter Mythologies de Roland Barthes !

Le maniement de la langue, c'est l'un des sujet central de cette histoire, la puissance des mots, la force de la formule, tout est centré autour de cette thématique et porté par la plume, que je trouve excellente, de Laurent Binet. Le passage du journal télévisé dans lequel il retrace les propos de PPDA avec, en parallèle, l'imagination de ce que les personnages annexes font et leurs réactions est, pour moi, un petit bijou d'écriture ! 

Malgré tout, je ne vous cacherai pas qu'il y a parfois quelques longueurs, que je me suis ponctuellement interrogée sur le sens que Binet voulait donner à son livre : roman, polar, essai, diatribe anti intello ? Finalement, l'ensemble est un peu tout cela. On se surprend à sourire devant les portraits des intellectuels qui émaillent les pages du livre, on ne peut s'empêcher de penser que certaines remarques de l'auteur sur certains personnages (Le Pen ou BHL pour ne citer qu'eux) sont loin d'être involontaires, et on reste un poil dépité devant le portrait d'une classe politique de l'époque qui ne s'est guère renouvelée depuis (oui, le jeune Laurent Fabius, c'est le même que celui d'aujourd'hui, avec quelques années d'écart... Idem pour Jack Lang...).

Encore une fois, Laurent Binet fait preuve d'un grand talent littéraire pour rendre accessible un sujet au croisement de la littérature, de la sociologie, de la philosophie, et de bien d'autres thématiques. Une lecture réellement enrichissante et cultivante (je suis pas bien sure que ça existe, comme mot, mais du coup vous voyez l'idée !) !

Texte © Miss Alfie 2016.
Couverture : La septième fonction du langage, Laurent Binet, Editions Grasset, 2015, 496 pages.