Le joueur d'échecSur un paquebot qui fait route vers le Brésil, le narrateur découvre la présence d'un champion d'échecs taciturne et hautain. A l'occasion d'un défi lancé par un autre passager, un homme intervient dans la partie. Bientôt, il raconte au narrateur son histoire.

Écrite quelques semaines seulement avant son suicide, publiée après sa mort, cette nouvelle de Stefan Zweig mérite amplement sa réputation. Je crois que j'ai découvert là l'un des textes les plus puissants de ma vie de lectrice. Certes, vous allez me dire, c'est une sensation que j'ai déjà rencontré en lisant Zweig, et il devient de plus en plus évident pour moi que j'aime cet auteur brillant dont le destin tragique a sûrement contribué à son mythe.

Dans cette nouvelle, format de prédilection de l'auteur, Stefan Zweig évoque différents thèmes, dont deux m'ont particulièrement marqué : celui de l'enfermement et son corollaire, la folie. Il évoque également un sujet qui fait écho à Vingt-quatre heure de la vie d'une femme, à savoir l'addiction. S'agissant des deux premier sujets, Zweig met en scène un homme qui raconte une période d'emprisonnement sous le régime nazi. Par la bouche de celui qui va conter son histoire, il témoigne de la manipulation psychologique tout aussi puissante sur les capacités de raisonnement d'un être humain que la violence physique. Peu à peu, c'est un homme qui oscille vers la folie qui se raconte, un homme fragile, sur le fil...

Je le disais, on y retrouve également la thématique de l'addiction. Dans Vingt-quatre heures..., on parlait addiction aux jeux, ici il s'agit plus généralement de la focalisation sur un sujet, de la monomanie qui va s'emparer du "conteur", qui donne en grande partie corps à l'ouvrage. Mais les parallèles avec cette première nouvelle que j'ai lu de Zweig ne s'arrête pas là car la construction de la confidence de M. B. se rapproche aussi de celle de Mrs C. : un narrateur qui les rencontre et qui reçoit les mots de ces êtres meurtris.

Lorsque l'on connaît un peu l'histoire de Zweig, lorsque l'on sait dans quel désespoir l'arrivée au pouvoir du régime nazi l'a poussé, cette nouvelle prend une dimension si puissante que je ne peux que vous en recommander la lecture. Encore une fois, Zweig démontre son immense talent pour dépeindre les sentiments, les émotions, toutes ces choses immatérielles qu'il saisit si bien.

Challenge classique
Il s'agit de ma troisième participation au challenge "Un classique par mois" du Pr. Platypus !

Texte © Miss Alfie 2016. 
Édition présentée : Le joueur d'échecs, Stefan Zweig, traduit de l'allemand, préfacé et annoté par Brigitte Vergne-Cain et Gérard Rudent, Éditions Livre de Poche, 2013, 128 pages.