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Esmera est italienne, fait sa scolarité dans un collège catholique. Au moment des premiers émois, elle se découvre une capacité hors du commun. A chaque orgasme, elle change de sexe. Comment vivre avec ce "don" ? Comment vivre une relation durable ?

Remarque préliminaire : lecture pour adultes

J'avais entendu parler de ce livre scénarisé par Zep (oui, le papa de Titeuf) et il m'était un peu sorti de la tête. C'est le dealer qui me l'a rappelée. Et accessoirement, c'est avec cet album que j'inaugure la bande dessinée érotique, pour ne pas dire, soyons francs, clairement pornographique, la quatrième de couverture l'annonçant explicitement. J'ai toujours été un peu embêté avec ce genre en bande dessinée parce que j'avais un peu peur des scénarios un peu creux qui ne laissent place qu'à l'explicite, au sexe. Si j'ai effeuillé quelques pages de Manara il y a de nombreuses années, quand ma maman me laissait au rayon BD du supermarché pendant qu'elle faisait les courses (pardon maman), je n'ai jamais retenté. Alors que vaut cet album ?

Hé ben c'est bien. Parce que, justement, il y a une vraie histoire, parce que ce n'est pas juste du cul pour du cul. On suit cette jeune femme dans la découverte du désir, du plaisir et de ses difficultés originelles à rencontrer, justement, le plaisir, au détriment de garçons qui ne viennent que pour ça. Ensuite vient le temps de l'acceptation de ce pouvoir original. Enfin la vie de cette personne se déroule, au gré des rencontres, des expériences, des liaisons. On reprochera peut-être la fin à peine trop rapide sur l'évolution de la société. En filigrane, on lit une réflexion sur les rapports hommes-femmes, sur la société et ses clichés et ses difficultés d'acceptation des personnes différentes. Bref, derrière l'histoire se cache une réflexion sérieuse. Du coup, quand bien même les actes sont là, sous nos yeux, visibles, il n'en découle pas pour autant une excitation quelconque qui peut arriver dans de la littérature érotique plus classique, moins scénarisée.

Le dessin permet également la réussite de l'album. Les personnages sont jolis, les scènes de sexe réussies et cette colorisation en tons de sépia donne un certain cachet à l'ensemble. Je reprocherai pour la forme des dessins peu moins réussis quand les personnages sont plus loin, plus petits. Mais ça concerne tellement peu de planches que la critique reste anecdotique. Esmera est un très bon album pour adultes qui cherchent une histoire derrière des scènes de sexe. A noter quand même, et ce n'est pas négligeable, le prix de l'album, 24 €, que je trouve vraiment cher. Est-ce qu'on paye la marque "Zep" ou la catégorie de l'album mais bon, quand même, quoi...

Texte © Alfie's mec, 2016.
Couverture : Esmera, Zep, Vince, Éditions Glénat, 2015.