editions_j_ai_lu_-_r_cit_-_la_longue_route_bernard_moitessier_Faire le tour du monde. Sans doute l'un des plus vieux rêves de l'homme. En 1968, le Sunday Times décide d'organiser la première régate en solitaire et sans escale, en doublant les trois caps : Bonne-Espérance, Leeuwin et Horn. Avec d'autres Bernard Moitessier relève le défi et prend congé des siens dans le port de Plymouth. Seul entre mers et ciels, il relate ses dix mois sans toucher terre, sa vie au quotidien sur Joshua, les dauphins, les poissons volants et les étoiles.

Vous connaissez l'admiration profonde que je voue aux explorateurs, aux aventuriers et aux navigateurs. Je ne vous ferai pas l'injure de vous lister tout ce que j'ai pu lire en rapport avec le domaine mais c'est vaste. Et l'histoire de Moitessier m'a toujours fasciné. Moitessier, c'est ce garçon qui, lancé dans le premier Golden Globe Challenge, probablement en tête au passage du Horn (les participants ne partaient pas ensemble), décide au début de sa remontée de l'Atlantique de finalement repartir dans le Sud, refranchir Bonne-Espérance, Leeuwin et terminer dans des îles du Pacifique. Pour seul motif, il lancera grâce à son lance-pierres un message sur un navire passant à proximité expliquant qu'il "continue sans escale vers les îles du Pacifique parce que je suis heureux en mer, et peut-être, aussi pour sauver [son] âme."

La longue route raconte donc, depuis les derniers préparatifs en France et le départ de Plymouth à l'arrivée et la vie à Tahiti. Si les premiers chapitres sont consacrés à la course, à la technique, au fonctionnement du bateau (des appendices techniques et un glossaire complètent le récit), on devine au fur et à mesure de l'avancement de la régate les réflexions et les hésitations du navigateur sur ses motivations et sur le monde qui l'entoure. Bernard Moitessier raconte également plusieurs épisodes de sa vie, en particulier son enfance en Indochine. Il est par ailleurs étonnant de constater que, une fois la décision de continuer la route hors course est prise, les considérations techniques passent au second plan. Il chavire deux ou trois fois dans la deuxième moitié  de son parcours et c'est presque anecdotique alors que la course est parfaitement maîtrisée jusqu'alors.

L'intéret du récit est donc situé dans l'introspection du navigateur au milieu des océans face à l'existence qui peut l'attendre à son retour. Près de cinquante après, force est de constater que ses réflexions vis-à-vis de la modernité ou de l'égoisme de la société sont encore valables au 21è siècle. Et si l'âme est riche et les pensées profondes, la plume n'en est pas moins agréable. La lecture est fluide et les mots glissent au fil de l'eau (double jeu de mot, tadam). Bref, voilà un ouvrage passionnant pour quiconque s'intéresse à un personnage original de la voile, aux réflexions d'un navigateur face à la solitude et l'immensité de l'océan et plus généralement au monde qui l'entoure. A noter qu'à ce jour, le parcours de Moitessier reste la plus longue régate en solitaire et sans escale.

Texte © Alfie's mec, 2016.
Couverture : La longue route, Bernard Moitessier, Éditions Arthaud - J'ai lu 1986.