Kinderzimmer

Ravensbrück. Lorsqu'elle y arrive, Mila ne sait pas encore ce qu'elle va découvrir et vivre. Enceinte, elle découvre un quotidien dans lequel la mort côtoie l'espoir. Cet enfant qu'elle porte sera-t-elle sa condamnation ou sa porte de sortie ? 

Il y a quelques années, j'avais découvert Valentine Goby et pris l'une de mes premières claques de ma vie de lectrice "adulte" avec L'échappée. Les autres romans d'elle que j'avais lu ne m'avait pas offert la même intensité, et je me demandais si je ne m'étais pas laissée leurrée par cette histoire se passant dans ma ville d'alors. Mais non. Kinderzimmer est venu me confirmer que je n'avais fait aucune erreur en considérant Valentine Goby comme une écrivain de grand talent.

Avec ce roman, Valentine Goby se replonge dans la seconde guerre mondiale qui servait déjà de toile de fond à L'échappée. Mais cette fois, elle brosse l'histoire d'une rescapée des camps, d'une femme qui part à la rencontre des collégiens et lycéens pour raconter sa vie, jusqu'au jour où une jeune fille lui pose LA question qui pose le prisme que Valentine Goby utilisera pour son récit : "Alors quand vous avez compris que vous alliez à Ravensbrück ?".

A partir de là, les souvenirs de Suzanne-Mila vont se faire les plus objectifs possibles. Et l'auteur va tenter de retracer l'innocence, la naïveté et l'ignorance de cette femme et de ses consoeurs. Elle raconte les premiers mots qu'on reconnaît par leurs sons avant de les comprendre, le premier matin, les hésitations face au médecin, les regards des femmes qui s'entraident, les découvertes que l'on fait peu à peu, l'audace que l'on prend en réalisant qu'il n'y a plus guère à perdre, les rumeur de débarquement puis de défaite, et puis l'ignorance de la maternité. Dans ce gynécée spartiate, l'entraide passe aussi par la découverte de son corps avec les aînées qui expliquent, qui remplacent la mère, la soeur, la cousine.

Alors oui, il y a cette "chambre des enfants", cette salle où les bébés du camp sont parqués et dépérissent, il y a le voile qui se lève sur une partie très méconnue des camps de travail. Mais Kinderzimmer est pour moi bien plus qu'un roman sur une femme qui va accoucher dans un camp. C'est le roman de l'entraide, de la survie, de l'espoir face à la mort et à la barbarie. Un texte qui m'a happé, aspiré, que j'ai lu comme en apnée, emportée par les phrases de Valentine Goby.

Texte © Miss Alfie 2016. 
Édition présentée : Kinderzimmer, Valentine Goby, Éditions Actes sud, Collection Babel, 2015, 240 pages.