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1531. Comme tous les ans, le titre de maître d’armes du Roi est remis en jeu. Devant François 1er, Hans Stalhoffer, le tenant, affronte le comte Maleztraza. La joute s'achève sans vainqueur. Le roi choisissant une arme moderne, la rapière, pour les duels, Stalhoffer abandonne sa charge et disparaît. Décembre 1535, Stalhoffer est contacté par l'ancien chirurgien du Roi qui doit rejoindre Genève pour y faire imprimer une version de la Bible traduite en français. il est poursuivi par les soldats menés par Maleztraza.

Ooooh, encore un scénario de Xavier Dorison à qui on doit ça ou ça. Et comme, en plus, l'album était conseillé par le dealer, j'étais plutôt confiant. Situons un peu le contexte de l'histoire. Tout se passe pour l'essentiel, la poursuite entre Stalhoffer et Maleztraza, sur une durée très restreinte de quelques jours, sur fond de religion (le peuple doit-il pouvoir lire la Bible ?) et d'opposition de culture, de valeurs et d'époques entre les deux protagonistes, tant sur la vision du monde que sur les armes, puisque c'est là aussi la base de l'histoire.

Et force est de constater que l'ensemble est globalement très réussi. Le fait que justement l'histoire se déroule sur une période très courte apporte intensité et tension au récit. Pour le coup, au contraire de Juin 40, l'histoire étant limitée à deux personnages principaux - pour ne pas dire un seul avec Stalhoffer - on a à faire avec des personnages éminemment charismatiques. Le contexte géographique joue également sur l'oppression de l'histoire. Tout se passe dans la montagne où la neige et la pierre contribuent à l'aspect glaçant de l'histoire.

Pour s'accorder avec un bon scénario, il faut un bon dessin et le fait est que Joel Parnotte remplit la mission qui lui a été dévolue. Il se dégage de Stalhoffer le charisme que lui confère le scénario, les personnages sont expressifs sans que ça ne soit exagéré. Les couleurs et l'ambiance jouent sur les contrastes et les ombres. A noter également quelques découpages originaux et une première planche plutôt chouette même si elle manque à peine de finesse. Ceci dit, le Maître d'Armes est un puissant one shot sur une opposition de styles entre deux hommes, parfaitement servi d'un scénario impeccable et d'un dessin maîtrisé. 

"Comme tous les maîtres d'armes, j'ai commencé mon apprentissage de l'épée à six ans dans le froid et au petit matin. La rapière s'apprend dans les salons où le seul effort est de tourner les pages de manuels d'escrime. [...] L'épée est au service du royaume et de l'honneur. La rapière est l'arme des marchands et des bourgeois ! Elle ne sert que celui qui la porte !"

Texte © Alfie's mec, 2015.
Couvertures : Le Maître d'Armes, Dorison, Parnotte, Éditions Dargaud, 2015.