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Un couple de trentenaires partis faire le tour du monde. Une île déserte, entre la Patagonie et le Cap Horn. Une nature rêvée, sauvage, qui vire au cauchemar. Un homme et une femme amoureux, qui se retrouvent, soudain, seuls. Leurs nouveau compagnons : des manchots, des otaries, des éléphants de mer et des rats. Comment lutter contre la faim et l'épuisement ? Et si on survit, comment revenir chez les hommes ?

Remarque préliminaire : la chronique contient des éléments clés de l'histoire.

J'avais aimé Isabelle Autissier dans son récit de voyages avec Erik Orsenna dans Salut au Grand Sud. Comme le pitch de l'histoire m'intéressait, j'avais envie de lire ce que pouvait donner la plume de l'auteure dans une fiction d'aventure à tournure passablement dramatique. Autant le dire tout de suite, c'est une déception pour la raison principale que je considère le récit comme complètement inabouti.

Le récit se décompose en deux parties. La première raconte le calvaire des deux héros sur cette île de Géorgie du Sud, effectivement assez inhospitalière, demandez donc à Sir Ernest Shackleton. Après une tempête qui emporte leur bateau au loin, le couple se voit contraint de passer un hiver et de se démerder pour survivre. Si des dissensions surviennent entre les deux personnages, je les trouve trop légères, trop superficielles. Le coté "Survivor" est également trop facile. Ils ont à bouffer par l'intermédiaire des bestiaux qui vivent dans le coin, super, en plus, t'as vu, on fait du feu peperlito sans se forcer. Enfin, le raid de Louise vers une aide potentielle est presque ridicule. Elle met deux ou trois jours à atteindre une station scientifique avec le plein de bouffe et une vie potentielle et, au lieu de faire immédiatement le retour pour aller chercher son copain, elle reste là, à se gaver avant de se dire que bon, ce serait pas mal d'aller le rechercher. Évidemment, l'autre au bout est passablement mort. Alors, au risque de passer pour un psychopathe, je trouve que la partie de survie sur l'ile manque de trash, de noirceur, les quelques péripéties ne suffisant pas.

Dans la seconde partie, Louise est sauvée par une équipe de scientifiques et revient en France, chaperonnée par un journaliste d'un hebdomadaire d'actualité. Toute "l'intensité" de cette partie repose sur le mensonge de l'héroine qui omet de dire qu'elle n'a pas forcément tout fait pour que son copain survive. Mais là, encore, c'est inabouti. On reste trop en surface, on ne rentre pas assez dans l'esprit de Louise ou du journaliste. Cette partie a au moins le mérite de faire une critique du sensationnalisme des journaux mais c'est bien peu au regard de ce que j'attendais de ce livre. Quant au final en Écosse, pour fuir la réalité, je le trouve à la limite du grotesque.

Bref, grosse déception sur cet ouvrage dont vous pouvez aisément oublier la lecture et vous concentrer sur des récits de voyages d'Isabelle Autissier, bien meilleure quand il s'agit de décrire la réalité.

Texte © Alfie's mec, 2015.
Couvertures : Soudain, seuls, Isabelle Autissier, Éditions Stock, 2015.