Les suprêmesElles sont trois. Trois amies rencontrées au lycée, trois femmes désormais mariée, mère, et quinquagénaires. Chaque dimanche, les trois couples se retrouvent Chez Earl. Entre rires et larmes, elles sont inséparables...

Voilà une excellente découverte de cet été. Je n'irai pas par quatre chemins : j'ai adoré Odette, Clarice et Barbara Jean, leur complicité et leur amitié racontée avec beaucoup d'humour et de sensibilité.

Dans ce roman qui nous plonge dans la communauté noire, des années 60-70 aux années 2000, Edward Kelsey Moore croque la vie quotidienne, les malheurs et les bonheurs, les frustrations et les espoirs d'hommes et de femmes. Il raconte les trois Suprêmes, ces amies inséparables qui semblent tout savoir les unes des autres sans se parler, mais aussi la société d'alors. On se trouve du côté des noirs dans la ville. On découvre aussi le communautarisme et le racisme à l'encontre des blancs : s'ils sont victimes de ségrégation de la part de leurs congénères à la peau pâle, la réaction à l'embauche d'un blanc dans le café Chez Earl suffit à démontrer que les barrières culturels exist(ai)ent des deux côtés. Sans parler de la difficulté d'envisager un couple mixte même lorsque les mariages entre noirs et blancs ne sont plus interdits...

D'un chapitre à l'autre, l'auteur nous entraîne à la suite de l'une ou l'autre des Suprêmes. De Clarice et ses principes bourgeois à Barbara Jean et ses robes provocantes en passant par Odette qui parle aux fantômes qui l'accompagne, le lecteur ne s'ennuie pas, oscillant entre humour et émotion. Plusieurs fois, j'ai eu envie de poser le livre entre deux chapitres, histoire de savourer l'histoire, de m'imprégnier de l'épisode qu'il raconte avant de poursuivre mon voyage dans le temps.

Parfois burlesque, toujours juste, Les Suprêmes est un beau roman sur la force de l'amitié qui nous embarque dans une époque en partie révolue, mais pas si lointaine que ça. Une excellente surprise !

Texte © Miss Alfie 2015. 
Édition présentée : Les Suprêmes, Edward Kelsey Moore, traduit de l'angais (Etats-Unis) par Cloé Tralci, Philippe Aronson et Emmanuelle Aronson, Éditions Actes sud, Collection Babel, 2015, 416 pages.