CSJVTLADMF_COUVLe fils d'Antonio Rodriguez meurt renversé par une voiture. L'enquête de police piétine. Malgré tout, Antonio trouve l'identité du conducteur qui a renversé son fils. Entre temps, il aura promis à sa femme de se faire vengeance et de tuer l'assasin de son fils.

Jacques Expert, c'est le très bon Adieu et le un peu moins bon mais pas mal quand même Qui ?. Du coup, quand une amie me prête un de ses premiers ouvrages, je me dis que je vais passer un bon moment. Et je ne manque pas de le faire dédicacer pour la copine par Jacques Expert croisé une nouvelle fois à Lyon, aux Quais du Polar. Mais la question demeure, est-ce que j'ai passé un bon moment ? Hem, c'est un peu plus compliqué que ça...

Déjà, voilà un ouvrage qui se lit vite. Soyons francs, ce n'est pas de la grande littérature avec des grandes envolées lyriques mais ça reste correct. L'histoire est découpée en chapitres racontés du point de vue des différents personnages : Antonio, son épouse, le cadre de l'entreprise et son épouse. Du coup, le style de narration s'adapte à chaque personnage. Premier écueil, les personnages un peu caricaturaux. Les femmes sont un peu soumises-mais-en-fait-non-tu-vas-voir, le cadre est méprisant avec ses collègues et pas-raciste-mais, les policiers ont un peu nazes, etc.

Mais le cliché le plus détestable et qui crée quand même un petit malaise, c'est faire d'un futur assassin un héros et de le mettre sur un piedestal. T'as vu le gars ? Son gamin est mort dans un accident et ben en fait, on n'a qu'à dire que c'est un assassinat (ce qui est passablement PAS DU TOUT la même chose qu'un accident) et il va se faire justice lui-même, c'est bien, hein ? Bah non, pardon mais cette idée ne me plaît pas. Je sais que la moitié des Français sont prêt à ressortir à la Veuve au moindre fait divers (sondage réalisé par mes soins sur un échantillon non représentatif) mais de là à en faire un livre sans contrepoints, je suis assez perplexe. On me rétorquera qu'il s'agit d'un parti-pris de l'auteur et je répondrai que tout parti-pris a le droit d'être pondéré et mesuré.

Le scénario présente également deux trois petites faiblesses avec des résolutions de problèmes ou d'interrogations un peu rapides pour lesquelles on se demande "ah mais comment ?" mais ça reste anecdotique. Globalement, si cet ouvrage se lit vite, que le sujet de base pouvait être intéressant, son traitement est foutrement désagrable et presque odieux. A réserver pour un public averti qui hochera la tête en faisant "ah mais, j'hallucine, t'as vu le gars, ben, il l'a bien mérité..."

Texte © Alfie's mec, 2015.
Couverture : Ce soir, je vais tuer l'assassin de mon fils, Jacques Expert, Éditions Le Livre de Poche, 2011.