Le grand CoeurSur l'île de Chio, Jacques Cœur se sait traqué : sa fin est proche. Mais avant, il veut mettre par écrit sa vie, de sa naissance à Bourges à sa chute orchestrée par Charles VII, le même qui lui avait confié le rôle d'Argentier et les moyens de devenir l'un des premiers marchands avec l'Orient.

"Tiens, et si je découvrais Rufin", me suis-je dit un beau matin de mai ! Et mon Dieu, comme j'ai bien fait de commencer par ce roman passionnant et passionné ! Sous la forme de pseudo-mémoires, Jean-Christophe Rufin m'a permis de découvrir un homme complexe et pourtant marquant pour la France.

Partir à la rencontre de Jacques Cœur, c'est revivre une partir de la guerre de Cent ans à ses côtés, les victoires de Charles VII, mais aussi partir à la découverte de l'Orient. Car Jacques Cœur fut un précurseur dans bien des domaines, qu'il s'agisse des arts, de l'architecture, mais surtout du commerce. En établissant l'une des plus grandes maisons de négoce de l'époque et en entretenant de solides et régulières relations avec l'Orient, Jacques Cœur apparaît comme une sorte de mondialisateur avant l'heure...

Autour de lui, on retrouve les grands figures royales et princières de l'époque, à commencer par Charles VII, un roi complexe, physiquement peu avenant, marqué par de nombreux tics, mais aussi un fin stratège qui cachant une grande intelligence et sa puissance réelle derrière une faiblesse de façade. Le roman s'attache d'ailleurs à décrire les relations qui vont peu à peu lier l'homme de commerce et le roi, ce dernier contribuant à la montée en puissance du premier, mais aussi très largement à sa perte... Et puis il y a Agnès Sorel, la belle favorite du roi, dont l'histoire ne nous dira jamais si l'interprétation que livre Rufin de sa relation avec Jacques Cœur est la bonne ou non...

Rufin le dit, il a pris quelques libertés avec l'histoire de cet homme qui le fascine depuis de nombreuses années, mais ces libertés ne m'ont pas gênées : elles s'intègrent très bien dans le roman, car il s'agit avant tout d'un roman, et contribuent à créer autour du personnage un environnement fastueux et complexe. Je ne vous parle même pas du style littéraire : on est face à du très très bon, de l'excellent même... Un régal de lecture !

De quoi avoir envie et de relire du Rufin et de retourner à Bourges pour suivre les traces de cet homme ambigu qui m'a accompagné le temps de quelques soirées.

Texte © Miss Alfie 2015. 
Édition présentée : Le grand Cœur, Jean-Christophe Rufin, Éditions Gallimard, Collection Folio, 2014, 592 pages.