profanesAncien chirurgien, Octave vit seule, aidé d'une gouvernante, dans sa grande maison familiale. Il y fait venir quatre personnes chargées de rester auprès de lui à tour de rôle jusqu'à la fin de sa vie. L'occasion de mettre en ordre sa vie, ses émotions, et d'apprendre à profiter de cette fin qui arrive.

Profanes est une lecture qui m'a bouleversée comme peu de roman l'ont fait ces derniers temps, un roman que j'ai du lire par petites touches pour pouvoir me l'approprier tant sa première moitié me remuait, jusqu'aux tripes oserai-je dire. Profanes parle de la mort, mais aussi de la vie. Chacun des quatre personnages gravitant autour d'Octave est seul, mais en même temps rattaché aux autres par l'Afrique, par la mort, par les questions de filiation ou par son rapport à l'amour. Ils sont très seuls, du moins le pensent-ils, mais peu à peu, ainsi qu'Octave, tous vont réaliser la richesse de la vie...

Dis comme ça, j'ai bien conscience que ça peut faire pompeux, trata, gniangnian et j'en passe. Mais détrompez-vous. Jeanne Benameur livre un roman puissant, loin des histoires pleines de bons sentiments. Elle manie la langue et les mots pour créer un univers poétique d'une puissance impressionnante. Cette lecture, j'ai l'impression qu'elle ressemble à la mer : des vagues plus ou moins forte qui se sont soulevées en moi, qui ont parfois déclenché une tempête dans ma tête, parce que ce livre aborde des sujets qui me touchent et me bouleversent, et puis le retour au calme, l'apaisement, comme ces petites vagues qui viennent chatouiller les orteils quand on est pied nus, à la lisière de l'eau qui arrive sur la plage...

Tous les personnages de Jeanne Benameur sont attachants, chacun avec leurs différences, et sans doute leurs complémentarités. Ils sont tous là avec une raison cachée, un secret en eux qui leur offre une sensibilité particulière. Octave sera le catalyseur de leur histoire. Octave, vieil homme qui n'a pas encore réussi à faire le deuil d'une fille disparue trop tôt. Octave, un père qui oscille entre douleur et culpabilité, haine et amour.

J'avais déjà expérimenté la puissance des mots de Jeanne Benameur dans Les insurrections singulières. Cette deuxième lecture conforte mon sentiment d'avoir ici à faire à une très brillante écrivain. Découverte à poursuivre donc, mais par petites touches tant elle réussit à me retourner de l'intérieur !

Texte © Miss Alfie 2015. 
Édition présentée : Profanes, Jeanne Benameur, Éditions Actes sud, collection Babel, 2014, 288 pages.