SKWI_COUVUne île sauvage du Sud de l'Alaska, accessible uniquement par bateau ou par hydravion, tout en forêts humides et montagnes escarpées. C'est dans ce décor que Jim décide d'emmener son fils de treize ans pour y vivre dans une cabane isolée, une année durant. Après une succession d'échecs personnels, il voit là l'occasion de prendre un nouveau départ et de renouer avec ce garçon qu'il connaît si mal.

"Tiens, ça a l'air rigolo, comme bouquin" me suis-je dit en lisant la quatrième de couverture que je reproduis ci-dessus, seulement en partie pour ne pas trop déflorer l'histoire. Sachez pour plus d'informations que j'ai acheté ce livre au Quais du Polar à Lyon, avec l'appui du libraire. Donc polar. Bon, là, en l'occurrence, ce n'est pas vraiment un polar mais c'est un roman un peu noir mais surtout très glauque.

Glauque, le mot est relativement faible. Le malaise est présent assez rapidement dans cette histoire où le père apparaît comme un bras cassé. Divisé en deux parties, racontées en suivant d'abord le fils puis le père, le roman est en fait une sorte de huis-clos à ciel ouvert, dans cette région froide, pluvieuse, hostile. Si les personnages luttent difficilement contre cette hostilité, en raison surtout de la maladresse et de l'incompétence du père qui n'a pas forcément pris conscience de l'ampleur du projet, on se rend compte au fur et à mesure que l'adversaire n'est pas limité à cette nature sauvage du Sud de l'Alaska.

La narration est quant à elle clinique, froide, très neutre. Je retrouve cette forme de dialogues très bruts que j'apprécie et qu'on retrouve par exemple dans la Route ou Au-delà du mal. Et justement, avec ce style très froid, l'auteur crée une atmosphère très tendue, très poisseuse entre ses personnages et leur entourage.

Malgré tout, si le malaise est pregnant tout au long de l'histoire (cette fin de première partie complètement glaçante...), le livre est quand même une putain de réussite. Parce que les personnages sont forts, cohérents, bien construits. Parce que l'atmosphère est parfaitement désagrable. Parce que l'adversaire n'est pas forcément celui qu'on croit. Parce que le dénouement du livre ajoute au glauque. Sukkwan Island est sans doute un livre âpre, froid, tendu, c'est surtout un très grand roman.

Texte © Alfie's mec, 2015.
Couverture : Sukkwan Island, David Vann (trad. : Laura Derajinski), Éditions Gallmeister, collection Totem, 2011.