LPDEB_COUVEn 1902, Jack London part en immersion dans l'East End, à Londres. Il se fait passer pour un marin américain au chômage afin de vivre au plus près le quartier le plus pauvre de l'empire le plus puissant. 

Ce livre, c'est un ami qui me l'a prêté. Il est dans sa phase Jack London et il m'a mis une pile de bouquins sous le nez en me disant "Tiens, si tu veux, tu en prends." Alors j'ai parcouru les quatrièmes de couverture et j'ai chopé deux livres. Dont celui-là. Et la grande andouille qui me sert d'ami m'a précisé que "celui-là, c'était le seul [qu'il n'avait] pas pu lire, trop peur du contenu". Tu m'étonnes, Simone...

Parce que, autant vous prévenir, la vie des pauvres dans l'East End à Londres, c'est pas super super rigolo. C'est même plutôt tragique. Et les descriptions de London se font complètes, des difficultés pour trouver un travail mal payé au quotidien, les logements surpeuplés, les asiles de nuit, l'armée du salut, bref, tout y passe. Avec l'oeil acéré de Jack London qui s'étonne de voir autant de personne pauvres dans la capitale de l'empire britannique, le plus puissant au monde. 

"Je voudrais maintenant émettre une critique envers les pouvoirs publics. Ils détiennent l'autorité, et peuvent décréter ce qui leur plaît. Je prends quelques libertés pour blâmer la stupidité de leur décrets. Ils condamnent ceux qui n'ont pas d'abri à marcher toute la nuit, ils les chassent des portes et passages, et leur ferment l'entrée des parcs. L'intention évidente de tout ceci, c'est de les priver de sommeil. [...] S'il vous arrive de visiter Londres et d'y trouver des hommes endormis sur des bancs ou sur l'herbe, ne croyez surtout pas que ce sont là des fainéants. Sachez plutôt que les pouvoirs publics les ont obligés à marcher la nuit entière."

Le plus rude, en fait, dans la lecture de ce reportage, c'est l'analogie que l'on peut, que l'on doit faire avec la société actuelle. C'est bien simple, les conclusions de Jack London sont applicables pour la plupart à la virgule près. C'est donc affolant de constater que, plus d'un siècle - un siècle !! - après ce reportage, les mêmes faits soient constatés, avec les mêmes causes, essentiellement une répartition très inéquitable des richesses, et les mêmes conséquences.

"Qui donc oserait prétendre que cette grande maison n'est pas criminellement gérée, alors que cinq hommes produisent le pain de mille autres, et que des millions n'ont même pas de quoi manger ?"

Alors, oui, effectivement, mon ami, cette lecture est dure, violente et prend aux tripes, tout au long du livres, sans répit. On reprochait à Jack London d'avoir dressé un tableau trop noir de Londres, il se défendait en estimant avoir été assez indulgent. D'une façon générale, je n'aime pas les injonctions que l'on peut lire à droite et à gauche. Cependant, je pense que la lecture du Peuple d'en bas est indispensable pour voir que la société n'a pas évolué en un siècle. Si la lecture de l'intégralité du livre vous rebute, contentez-vous de lire la dizaine de pages de la conclusion qui fait un brillant mais sinistre parallèle avec la mondialisation actuelle et le comportement odieux des dirigeants et des multinationales. Les mots de London sont directs, bruts et sans concession. La narration est directe, et franche, dans un style journalistique très simple. Tout ça contribue à plonger plus facilement et plus douloureusement dans ce monde terrible de l'East End.

"Il est indispensable qu'on chasse des postes de commandement tous ces gestionnaires qui ont stupidement et criminellement mené l'empire au bord de la faillite. Ils ont fait un travail de sape et de sont montrés particulièrement inefficaces, et ils ont, de plus, détourné les fonds publics. Chacun de ces individus, de ces pauvres au visage de papier mâché, chacun de ces aveugles et de ces enfants nés en prison, chaque homme, chaque femme, chacun de ces gosses dont le ventre est torturé par les affres de la faim, a faim simplement parce que les fonds communs ont été détournés par tous ces gestionnaires."

Texte © Alfie's mec, 2015.
Couverture : Le Peuple d'en bas, Jack London, Éditions Libretto, 1999.