Exodes_COUVDans un futur plus ou moins proche, le réchauffement climatique a fait on oeuvre et la vie sur Terre est devenue un enfer : montée des eaux, températures accablantes, etc. La vie tente donc de s'organiser entre les enclaves, bulles hermétiques où la vie est meilleure, les Boutefeux, groupe d'hommes qui détruisent ce qu'il reste sur Terre et les Mangemorts, sorte de zombies anthropophages. Dans ce décor apocalyptique, six personnages vont voir leur destin bouleversé.

L'inconvénient du bouquin dont tu attends beaucoup parce qu'on te l'a conseillé, c'est que tu en attends beaucoup. Peut-être trop. Du coup, quand le résultat n'est pas à la hauteur, genre VRAIMENT PAS à la hauteur, tu es un peu embêté. Tu te dis que bon, il faut quand même bien écrire la chronique, sinon la patronne t'engueule que tu ne participes pas assez au blog, tu comprends, c'est pas comme ça qu'on va faire du clic. Mais tu ne sais pas trop quoi dire pour pas être trop méchant, parce que bon, si on te l'a conseillé, quelque part, c'est que le livre a été apprécié (et visiblement par pas mal de monde).

Tentons donc d'y voir un peu plus clair. Commençon par le contexte. L'idée de base est bonne. Imaginer une évolution catastrophiste possible de la planète est intéressant. Autant La route de Cormac McCarthy imagine un monde post-apocalyptique sans trop décrire la cause, autant là, on sait que la cause est le réchauffement climatique causé par l'Homme. De cette bonne idée découle des trucs plutôt intéressants : des enclaves, des clans et différents personnages aux desseins différents. Sauf que rien de tout ça n'est approfondi, tout reste superficiel. Jean-Marc Ligny parle de guerres d'Immigration sans en dire plus. Qui ? Quand ? Pourquoi ? Comment ? Quelles conséquences ? On ne saura pas. Pareil pour les enclaves, on suit une enclave en particulier, Davos en Suisse, on entend parler de celle de Cambridge en Angleterre et puis c'est tout. Combien ? Où ? Ca concerne combien de personnes ? Pareil, pas plus d'info. Tout au plus sait-on que ce sont des privilégiés qui y habitent et on apprend au milieu du roman le but des scientifiques de cette enclave. Je ne demandais pas une description géopolitique (à ce sujet, il n'est d'ailleurs jamais question de pays, de gouvernements, etc.) de ce monde mais j'attendais quand même une description du contexte et de ses tenants et aboutissants un peu plus poussée.

Vient ensuite le scénario. On suit six personnages radicalement différents : Olaf, un Norvégien qui décide de quitter ses îles avec sa femme devant le danger, Fernando, un jeune Espagnol qui s'engage à Séville avec un clan de Boutefeu, Mercedes, la mère de Fernando qui ne voit l'avenir que par Dieu, Paula, une Italienne qu'on découvre sur la route de Milan avec ses deux enfants, Mélanie, une Française dans un petit village du Sud de la France et enfin, Pradeesh, scientifique Suisse qui vit avec sa faimme et travaille dans l'enclave de Davos. Notons déjà que le personnage norvégien ne sert à rien. A rien, à rien, à rien. Juste à aborder rapidement le clan des Mangemorts et autoriser une dernière phrase de roman tragique. Ensuite, on se doute que les personnages vont finir par se retrouver au gré du scénario mais foutrechien, n'était-il pas possible de faire en sorte que ce soit crédible ?! D'éviter des incohérences scénaristiques ? Les personnages finissent par se rencontrer de façon très improbable avec des incohérences spatiales et temporelles énervantes accompagnées de facilités scénaristiques. L'exemple le plus flagrant concerne Paula, notre amie italienne qui passe de la route entre Venise et Milan à Davos en moins de temps qu'il n'en faut à Mireille Mathieu pour apprendre la date de Marignan. Bref, très très agaçant. A tel point que je me suis demandé si le bateu de notre ami Olaf n'allait pas se retrouver au portes de Davos...

Enfin, parlons du "style" littéraire. Je n'irai pas jusqu'à dire que c'est écrit avec les pieds mais pas loin. Disons plus gentiment que je n'ai pas accroché au style. Les descriptions sont longues et ne servent pas le récit. Qu'on me décrive des choses, pourquoi pas mais il faut qu'elles aient un intérêt à l'histoire. Me décrire la vie de fourmis ou  d'autres trucs futiles n'a aucun intérêt. Il y a quand même, soyons honnêts, des passages qui alimentent le récit comme les camps d'outers à Davos ou la misère et la maladie à Séville. Mais c'est trop rare. De plus, le style en lui-même n'est pas formidable, je situerai au niveau fin de collège, début de lycée. On retrouve des expression enfantines, ou des constructions de phrases qui se veulent légères mais qui ne collent pas à l'atmosphère du récit. Et l'auteur est trop facile en employant à l'envi les mêmes images, les mêmes métaphores, les mêmes expressions. Ainsi, l'expression "torons de fumée" est par exemple utilisée 153 fois (chiffre non vérifié, utilisé à titre d'éxagération, NDA) dans le roman, parfois même à trois paragraphes d'intervalles (chiffre complètement vérifié, dans le dernier chapitre, NDA). Du coup, beaucoup de texte pour au final, ne pas raconter grand chose.

De fait, sur une idée de base intéressante, Exodes se trouve être un roman inabouti, parfois pénible à la lecture, un peu creux dans le message (quel est le sens de cet épilogue ?). Je me suis ici suffisamment justifié pour me permettre de penser qu'il s'agit d'un roman raté. Ou alors qui n'a pas trouvé en moi une cible potentielle.

Texte © Alfie's mec, 2015.
Couverture : Exodes, Jean-Marc Ligby, Éditions L'Atalante, 2012.