Rebecca NTQui est le mystérieux Maxim de Winter ? Sa nouvelle épouse a bien des difficultés à le cerner, et le poids du fantôme de Rebecca, sa première épouse, qui plane sur Manderley et qui semble se personnifier en la terrifiante Mrs Danvers ne l'aide guère. Un an après sa mort, acceptera-t-elle de s'effacer face à l'ombre qui plane sur Manderley ?

Faut-il encore présenter ce chef d'oeuvre de la littérature britannique ? Rebecca, publié en 1938 et traduit pour la première fois en français en 1940, à l'origine du film éponyme réalisé par Hitchcock... Rebecca, un ouvrage que j'ai lu (et relu) alors que j'étais adolescente et un roman que j'ai longtemps rapproché de Jane Eyre... Alors autant vous dire que je n'ai pas voulu manquer la sortie de cette nouvelle traduction, l'occasion de redécouvrir ce roman que je me souvenais passionnant.

Sur la nouvelle traduction, j'avoue que je ne saurai me prononcer, les souvenirs de mes premières lectures étant trop anciens. Mais la première phrase m'a néanmoins marquée... "L'autre nuit" devient "la nuit dernière", elle précise l'action, le temps. Elle donne le ton du reste du roman, amène la traductrice à rappeler au lecteur dès ces premiers mots qu'il va lire une nouvelle version de l'histoire. Et sincèrement, quel talent. Quel talent pour la traductrice que d'avoir si bien recréé l'ambiance de Manderley et cette angoisse lourde qui pèse sur l'ensemble du roman...

Rebecca, un thriller psychologique avant l'heure... Rebecca, un prénom pour un mythe, un prénom pour un fantôme qui semble exister bien plus intensément que la narratrice... Narratrice qui passe son temps à imaginer ce qu'aurait pu faire celle qu'elle considère comme un modèle, derrière laquelle elle s'efface au point de n'avoir aucune identité, sauf celle de Madame de Winter... Une identité partagée et envahie par Rebecca...

En (re)lisant ce roman, j'ai eu envie de comprendre pourquoi j'avais pu le rapprocher autant de celui de Charlotte Brontë... Alors qu'à la base, il s'agit de deux romans différents, de deux siècles différents... Néanmoins, lus l'un et l'autre à une période semblable, je pense que mon cerveau a assez rapidement amalgamé les deux jeunes héroïnes, orphelines, recueillies par un homme mystérieux empli du fantôme d'une première épouse, avec une intrigue se déroulant dans un manoir dans la lande anglaise... Je ne partagerai en outre pas LE détail qui m'a fait très certainement amalgamer ces deux intrigues, mais peut-être certains d'entre vous l'auront déjà deviné... Mais alors que j'avais conservé de Rebecca essentiellement le versant "romance" de son intrigue, j'ai redécouvert un roman noir, allant fouiller l'âme humaine et la torturer...

Je pourrai vous parler des heures de ce roman, de Manderley, un lieu qui dès les premières pages fait comprendre au lecteur qu'il sera un personnage à part entière de l'intrigue, lui aussi encore plus présent que la narratrice, un personnage fait de bois, de feuilles, de fleurs, de criques et de mystères... Je pourrai vous raconter comment, rendue à la moitié du livre, j'ai à peine réussi à le lâcher pour dormir quelques heures, me relevant à l'aube avant le réveil pour pouvoir découvrir le dénouement avant de rejoindre le travail... A croire que Rebecca a réussi à m'envouter et à m'envelopper de son intrigue psychologique comme ce fantôme réussit à entraver la narratrice tout au long de ce roman magistral...

Un très grand merci aux éditions Albin Michel pour ce fabuleux moment à Manderley !

Texte © Miss Alfie, 2015.
Édition présentée : Rebecca, Daphné du Maurier, traduit de l'anglais par Anouk Neuhoff, Éditions Albin Michel, 2015, 544 pages.