PersuasionHuit ans plus tôt, Anne Elliott refusa la demande en mariage du capitaine Wentworth sous la pression de Lady Russell, une proche amie de sa mère décédée. Lorsque son père décide de mettre en location leur demeure pour faire face aux charges du domaine, Anne découvre que l'épouse du locataire n'est autre que la soeur du capitaine Wentworth. Comment les deux jeunes gens vont-ils se retrouver ?

J'ai eu bien du mal à lire ce Jane Austen. Il m'aura fallu m'y reprendre à deux fois pour réussir à l'achever... Pourtant, je dois reconnaître que mes deux premières lectures de Jane Austen m'avait plutôt enthousiasmée. Mais là, je ne sais pas... Soit les personnages n'ont vraiment aucun atome crochu avec moi, soit le temps écoulé depuis ma dernière lecture m'a tellement fait évoluée que j'en suis venue à trouver Austen sans saveur !

Reprenons dans l'ordre. Et commençons par Anne. Il est vrai qu'il convient de se replacer dans l'époque, début du 19e siècle, à une période où les femmes n'avaient guère de mot à dire quant à leurs choix matrimoniaux. Si un parent jugeait convenable telle union, bien peu osaient s'y opposer. Néanmoins, c'est l'image que je gardais des héroïnes de Jane Austen, des femmes capables de choisir par amour, malgré les envies pécuniaires et patrimoniales de leurs ascendants. Du coup, Anne m'a paru insipide, fade, complètement soumise devant ses soeurs, son père et tout le tralala. Si les amis s'accordent pour y voir une âme généreuse et bonne, Anne semble se satisfaire de cette place qui lui est attribuée par sa famille, sorte de bouche-trou bien pratique pour aller veiller sa soeur hypocondriaque pendant qu'une amie de sa soeur aînée semble désirée à sa place auprès de son père... Et face à toutes ces petites marques d'infériorité, Anne semble courber l'échine, et cette place de victime m'a complètement agacée.

L'autre élément qui m'a sûrement fait voir d'un autre oeil cette intrigue, c'est ma récente lecture d'Elizabeth Gaskell. Dans Nord et Sud, on trouve une fois encore une jeune femme dévouée à sa famille qui va trouver l'amour après quelques mésaventures, mais Gaskell offre à son roman une dimension sociale qui m'a, de fait, passablement manquée dans Persuasion. Jane Austen ne serait-elle capable que de décrire la bonne société de Bath, les promenades en bord de mer et les après-midis passées à discuter ? Ses personnages n'ont-ils aucune autre vie sociale, aucun autre tracas que celui de savoir avec qui se marier ?

Publié après le décès de Jane Austen, dans un double recueil avec Northanger Abbey, Persuasion est ma première déception avec Jane Austen. Heureusement, il me reste de quoi contrer ce sentiment et retrouver le plaisir que j'ai eu lors de mes précédentes découvertes !

Texte © Miss Alfie 2015. 
Édition présentée : Persuasion, Jane Austen, traduit de l'anglais par André Belamich, Éditions 10/18, 1996, 256 pages.