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1208, le Royaume d'Angleterre est frappé d'Interdit. Les églises sont fermées et plus aucun office n'est célébré. Dans ce chaos spirituel, les gens se raccrochent à d'autres croyances. Dans ce contexte, Elena, une jeune paysanne est appelé au service du seigneur de Gastmere. Tout ne se passe pas tout à fait comme prévu puisque la jeune fille se retrouve rapidement accusée de meurtre. Le cauchemar ne fait que commencer. 

Petit rappel pour commencer cette chronique, de Karen Maitland, vous avez déjà entendu parler de son formidable premier ouvrage, la Compagnie des Menteurs et du suivant, un peu plus oubliable, les Âges Sombres. Du coup, quand on se saisit de la dernière publication de cette auteure, on se doute qu'on va plonger en pein Moyen-Âge et en Angleterre. L'exception ne confirmant pas la règle dans le cas présent, on replonge donc dans ce début de 13è siècle. Reste à savoir si la lecture sera plaisante.

Déjà, le roman présente en première page un récapitulatif des personnages. Je prends toujours ça pour un avertissement du type "Attention, lecteur, j'ai fait une histoire avec plein de personnages, bien complexe, pour te perdre, tu vas ramer pour suivre, ah ah ah (rire diabolique, NDA), je t'ai bien eu." Bon, là, en fait, non. Le fait est que, si effectivement, le roman fait appel à pas mal de personnages, l'histoire est centrée sur le personnage féminin principal avec quelques satellites importants mais aucun risque de se voir perdu dans cette multiplicité de personnages. D'autre part, le roman est narré d'un point de vue extérieur et non du point de vue de chaque personnage à tour de rôle. Bref, aucun risque d'être largué, soyez sans crainte. 

Du coup, on peut tranquillement s'intéresser à l'histoire et rentrer dans cet univers et cette région d'Angleterre frappée d'Interdit par le pape. En l'absence d'Eglise, de dieu et de prêtres à qui se raccrocher, les habitants se vouent donc à des cultes anciens, essentiellement axés sur des superstitions. C'est pourquoi chaque chapitre est précédé d'un petit paragraphe d'un herbier qui rappelle les vertus et maléfices de plantes ou d'animaux. L'aspect supertition est de fait essentiel à l'histoire puisque l'acte clé de l'histoire est axé sur une croyance populaire. Autour de cette ambiance, Karen Maitland tisse un scénario plus pragmatique, plus "terre à terre" (sans que ce soit péjoratif), digne d'un bon polar, avec intrigues en coulisse, des gentils, des méchants, des malentendus, des traitres, etc. Voici donc un agréable roman médiéval à l'intrigue soigné et à l'ambiance bien traitée. Bref, après la déception du précédent roman, Karen Maitland a retrouvé une qualité certaine avec cette Malédiction du Norfolk.  

Texte © Alfie's mec, 2015.
Couverture : La Malédiction du Norfolk, Karen Maitland (trad. Claude et Jean Demanuelli), Éditions Sonatine, 2014.