tolstoi, oncle gricha et moi

A quelques jours d'une intervention capitale pour sa fille de deux ans, Sofia déniche chez sa grand-mère un coffret contenant des listes. Écrites en russe. Elle-même adepte de listes, Sofia va rencontrer avec quelques années de retard son oncle Gricha...

J'ai eu le plaisir de découvrir ce premier roman de Lena Gorelik grâce à l'opération Masse Critique de Babelio. Comme son héroïne, Lena Gorelik est née en URSS et a émigré vers l'Allemagne avec sa famille. Est-ce là que s'arrête l'inspiration autobiographique de ce roman ? Difficile à savoir. Mais on perçoit dans cette histoire la marque de l'URSS communiste. Fondamentalement.

Avec une alternance de chapitres consacrés à Sofia et à Gricha, le lecteur voyage dans le temps et l'espace, entre l'Allemagne d'aujourd'hui et l'URSS de l'après-guerre. On découvre un monde dans lequel toute pensée discordante est fortement et solidement réprimée. Un univers où il faut rentrer dans les cases, où la capacité de réflexion et l'esprit critique sont annihilés par un Parti unique tout puissant... Où la fuite fut parfois la seule porte de sortie pour les proches.

Face à cette partie historique, Lena Gorelik met en scène une jeune trentenaire d'aujourd'hui, ayant grandi en Allemagne, connaissant peu son pays d'origine recouvert d'un manteau de silence entretenu par sa mère. Jeune mère, Sofia doit faire face à la maladie de sa grand-mère, à celle de sa fille, à des relations familiales marquées du sceau du secret. Alors Sofia fait des listes. Des listes sur tout et n'importe quoi. Pas des listes de courses ou d'affaires à mettre dans une valise, mais des listes de collection, des listes de scènes qui illustreraient un passage poignant d'un film, des listes d'expressions, des listes qu'elle complète, annote, remanie à longueur de journée.

Ces listes apportent au roman une dimension originale et intéressante, tout comme toute la partie se déroulant en URSS... Cependant, j'avoue être restée sur ma faim avec Tolstoï, oncle Gricha et moi. J'ai parfois eu la sensation que Lena Gorelik, en voulant aborder une multitude de sujets et d'angles d'approche, passe parfois à côté de l'essentiel. Le roman aurait mérité que certains aspects soient mis de côté pour une prochaine histoire (par exemple, si quelqu'un peut m'expliquer l'intérêt de Tolstoï dans l'histoire...) pour qu'il puisse être plus puissant... J'aurais apprécié par exemple suivre plus oncle Gricha dans ses errements, dans la violence de cette URSS carcan pour les différents... Un roman qui a néanmoins l'intérêt de lever un coin de voile sur une période historique récente et pourtant mal connue.

Texte © Miss Alfie 2015. 
Édition présentée : Tostoï, oncle Gricha et moi, Lena Gorelik, traduit de l'allemand par Amélie de Maupeou Éditions Les Escales, 2015, 352 pages.